BD | La bulle du vendredi: Western au pays des Vikings

L'auteur néerlandais Erik Kriek livre un récit violent et aride comme les terres glacées de l'Islande.

Sept ans. Sept ans que Hallstein n'avait plus foulé le sol d'Islande, sa terre natale; sept ans d'exil durant lesquels il a affronté tous les ennemis dans toutes les guerres, fait couler le sang à s'en gaver et surtout à s'en dégoûter. Avec ce retour sur la terre de ces ancêtres, Hallstein aspire à la paix et à la rédemption.

Mais le jugement de l'Althing, l'assemblée viking à la fois parlement et cour de justice, n'a pas apaisé le ressentiment d'Einar, le frère de celui que Hallstein a tué il y a sept ans. Alors, même s'il a purgé sa peine, l'Exilé n'est pas bienvenu pour Einar qui intrigue à accroître son pouvoir dans la communauté.

"L'apport des Vikings sur l'Europe moderne et sur la démocratie que nous connaissons aujourd'hui est très important."
Erik Kriek

Le synopsis du récit d'Erik Kriek sonne comme celui d'un western ou d'une histoire épique. Un peu de Martin Guerre, peut-être, un peu de Red Dust aussi dans le personnage de Hallstein. Ce guerrier solitaire, si ce n'était ses amis indéfectibles et loyaux jusqu'à la mort, est revenu de tout. Il pourrait figurer au générique d'un film de guerre ou d'un western. "C'est évidemment un genre auquel je me réfère", concède Erik Kriek, qui s'inspire aussi du cinéma islandais.

Mais plutôt que d'inscrire son récit dans l'Ouest américain ou les contreforts enneigés des Rocheuses, Kriek lui donne pour cadre les steppes glacées et venteuses de l'Islande. Une région pour laquelle il nourrit une fascination depuis son enfance. "Les Vikings m'ont effectivement toujours attiré, sans que je sache véritablement pourquoi. Dans ce cas-ci, cela me semblait intéressant de mixer les genres et d'adapter les mécanismes du western à la culture des Vikings du XIIe siècle."

L'Exilé

♥ ♥ ♥ ♥ ♥

Erik Kriek, Editions Anspach,

178 p., 29 €

Kriek retrouve dans les coutumes des premiers Vikings le côté empirique de la conquête de l'ouest où la loi est volontiers celle du plus fort. "Mais il ne fait pas s'y tromper, la civilisation des Vikings était beaucoup moins barbare et primitive qu'on veut bien le dire en général. Leur apport sur l'Europe moderne et sur la démocratie que nous connaissons aujourd'hui est au moins aussi important que celle des Romains ou des Grecs antiques", poursuit Kriek.

L'auteur s'est énormément documenté sur le sujet, notamment sur le fonctionnement politique des Vikings, mais sans que son récit devienne un ouvrage de référence d’histoire politique. "Les Vikings n'avaient généralement pas de pouvoir central fort. L'essentiel des décisions étaient prises par l'Althing, assemblée ouverte et démocratique où chacun pouvait faire entendre sa voix. La seule liberté que j'ai prise avec la réalité historique est la place des femmes qui n'était sans doute pas aussi grande."

Sur cette trame historique, Kriek fait évoluer des personnages au caractère très dur, forgé par le paysage qui les entoure. "Il suffit de voir ces steppes sans végétation pour comprendre comment une nature aussi hostile influence les habitants. C'est vrai aujourd'hui, alors au Moyen-Age..." Son récit est aussi dur que la terre, et l'auteur ne s’embarrasse pas d'un happy end qui ne l'intéresse pas. "Je préfère garder une ouverture, même si cette histoire est un one shot. Et je ne crois pas que le cercle de la vengeance puisse être brisé."

Son graphisme, très pictural et très encré contrairement au style de la plupart de ses confrères, joue habilement sur la bichromie entre bleus délavés et noirs profonds pour l'essentiel du récit et rouges et noirs pour les parties plus oniriques. Un dessin qui porte véritablement le récit.

Un album que la très jeune maison d'édition Anspach a eu l'intelligence de publier en français et qui mérite clairement le détour.

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