BD | Le défi d'une bio dessinée de Hitler

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Bernard Swysen et Ptiluc s'attaquent à une bio dessinée de Hitler. Où tout est vrai, du plus ridicule au plus abject. Et on parvient à rire du plus méchant des méchants.

BD

"Hitler"

Note : 3/5

"La véritable histoire vraie", tome 3, Swysen et Ptiluc, Dupuis, 120 p., 21 euros.

Bâtir une collection de BD sur les méchants de l’histoire, pourquoi pas? Les Caligula, Dracula ou Attila n’ont pas en commun que la sonorité de leur nom mais aussi de s’être trempé dans des baignoires de sang. Dans le genre vilains pas beaux, ils se posent là. Par contre, ils sont tous d’une époque largement révolue et n’inspirent plus aujourd’hui que quelques historiens ou écrivains.

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Que dire d’Hitler? Le chef des nazis a sur les mains le sang de millions de personnes, mais agite encore les rêves de plus en plus de gens sous couvert d’honorabilité. L’exercice d’en faire la bio, aussi fidèle que possible mais avec humour, relève de l’équilibrisme particulièrement casse-gueule. Mais Bernard Swysen s’en sort mieux qu’honorablement, très bien servi par le dessin désopilant de Ptiluc.

"On brise un tabou, clairement: on révèle Hitler en tant qu’être humain et on le fait avec humour. Cela aide à comprendre mais cela n’excuse rien, avertit Bernard Swysen. Nous avons travaillé deux ans sur le sujet pour rassembler un maximum d’anecdotes toutes rigoureusement exactes mais souvent oubliées des livres d’histoire. Mais le livre arrive à point nommé quand on voit la montée de l’antisémitisme et des nationalismes. Il peut permettre de comprendre comment on bascule de l’indifférence à l’horreur, par exemple."

On apprend ainsi que ce caporal frustré, ce peintre raté était aussi un grand amoureux des animaux et qu’on lui a volé son fox-terrier à Bruxelles. Et toutes ces anecdotes permettent en effet de donner un côté très humain au personnage, mais une bonne dose de ridicule aussi. Que Ptiluc ne se force pas pour accentuer.

"On brise un tabou, clairement: on révèle Hitler en tant qu’être humain et on le fait avec humour. Cela aide à comprendre mais cela n’excuse rien."
Bernard Swysen

On connaissait son talent pour dessiner les crapules de tout poil avec sa série Rats. Ptiluc garde le même univers animalier avec, dès la couverture, un hommage au maître du genre, Calvo, et plus loin, dans une séquence sur les camps de concentration, au terrible Maus de Spiegelman qui fait référence.

"On ne s’est jamais mis de frein dans le traitement des informations dont nous disposions. Et finalement, l’humour s’installe assez aisément, par les dialogues et par l’attitude des protagonistes. Ils sont naturellement caricaturaux. Ce sont des petits excités obséquieux et prêts à tout pour plaire à leur chef. Il ne faut donc pas se forcer mais pas non plus exagérer, ce qui les aurait rendus irréels", commente Ptiluc.

Côté dialogues, Bernard Swysen s’est plongé dans les discours et les notes d’Hitler pour rythmer son récit. Et une fois encore, il n’y avait qu’à se baisser pour montrer toute la dimension du personnage, sans trahir la vérité.

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