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BD: quand il n'y a plus de mots pour décrire la douleur

Dans "Le petit frère" (Casterman), Jean-Louis Tripp raconte avec une infinie justesse et sensibilité l'accident qui a emporté son jeune frère. Un concentré d'émotion.

Autour du cercueil, il y a le silence parce qu'il n'y a pas de mots; il y a les sanglots réfrénés ou hurlés; il y a ces regards que l'on s'échange au-delà des mots, les yeux embués et vibrants de larmes encore. Il y a le silence et la terrible solitude de la douleur, même si elle est partagée. Ces sentiments de déchirement, d'abandon ultime, de culpabilité aussi bien souvent, Jean-Louis Tripp les a connus, comme tant d'autres, à la mort de son petit frère.

Jean-Louis avait 18 ans, Gilles pas encore 12. En vacances en roulottes en Bretagne, la famille Tripier se retrouve plongée dans l'horreur quand un chauffard arrache Gilles à la main de son frère. Commence alors cette plongée dans un puits sans fond durant quatre ou cinq jours qui séparent l'accident de l'enterrement.

"Je ne sais pas pourquoi j'ai fait ce livre. Sans doute que cela m'a fait du bien aussi. C'est une manière de terminer quelque chose, de finir mon deuil peut-être, 45 ans après"
Jean-Louis Tripp
Dessinateur et scénariste

Jean-Louis Tripp décrit cette douleur, ce déchirement, cette tristesse infinie, ces larmes qui ne peuvent pas s'arrêter, ces silences et cette solitude avec une justesse parfaite. On ne peut s'empêcher de l'accompagner dans cette émotion. Et pourtant, voilà un livre qui fait du bien, comme des larmes peuvent faire du bien. "Je ne sais pas pourquoi j'ai fait ce livre. Sans doute que cela m'a fait du bien aussi. C'est une manière de terminer quelque chose, de finir mon deuil peut-être, 45 ans après", témoigne-t-il.

Autobiographie

Après "Magasin Général" réalisé avec Régis Loisel, Jean-Louis Tripp s'est plongé dans le style autobiographique avec "Extases" qui détaille par le menu sa vie essentiellement sexuelle. Avec "Le petit frère", il dévoile un autre pan de sa vie personnelle, infiniment plus intime. "Plus intime, je ne sais pas... Je l'avais abordé dans 'Extases', mais plus rapidement. Plus secret certainement. Le fait est que pas mal de mes amis proches ignoraient ces événements."

Mais alors qu'"Extases" est joyeux par son sujet et souvent humoristique dans son traitement, Tripp déroule ici son récit avec un très grand souci du détail, mais sans pathos excessif. Juste avec une très grande sensibilité et beaucoup de retenue, même si c'est fait sans fard.

"Lorsque l'on écrit une fiction, on se demande toujours si telle scène est bonne, si le déroulé est efficace. Ici, rien n'est scénarisé. Ce sont juste mes souvenirs et mon ressenti. J'ai beaucoup discuté en visio avec ma mère pour confirmer certains éléments. J'ai parfois immédiatement dessiné ces conversations dans la foulée. Dans un récit autobiographique, il y a plein de questions que l'on ne se pose pas."

Bande dessinée

"Le petit frère"

Par Jean-Louis Tripp

Édité par Casterman

344 p. - 28€

Note de L'Echo:

Pour "faire passer" l'émotion du moment, Tripp joue énormément sur les yeux et les regards, avec cette vibration qui anticipe les larmes. Sans excès, parce que son récit est évidemment touchant. Les regards que l'on s'échange faute de trouver les mots consolants, les regards perdus, hagards ou franchement vides comme celui de son frère, totalement hébété par la douleur.

Jean-Louis Tripp signe l'un des ouvrages les plus forts et les plus touchants qu'il m'ait été donné de lire ces dernières années. Sans excès, sans artifices, mais avec tout l'amour qu'il témoigne à son petit frère.

JeanLouis Tripp : "Comment dessiner "Le petit frère" ?"

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