Bernard Yslaire dresse un portrait d'un Baudelaire ambigu

©Yslaire - Dupuis

Dandy sans sentiment, mesquin et méchant, le poète des Fleurs du Mal ne nourrissait un amour vrai, mais malsain, que pour Jeanne Duval, sa muse.

Coureur, flambeur, voyeur, dandy sans pitié, méchant et mesquin... Le portrait que dresse Bernard Yslaire de Charles Baudelaire n'est pas flatteur. Mais il semble juste et particulièrement bien documenté, même s'il a été réalisé dans l'urgence pour sortir au moment précis du bicentenaire de l'auteur des Fleurs du Mal.

Yslaire s'est jeté dans ce travail 18 mois durant, d'arrache-pied et sans relâche pour livrer une biographie aussi vraie que possible de ce poète maudit par lui-même autant que par sa vie. "Fils d'un curé défroqué, Baudelaire ne croyait pas en Dieu, mais il vénérait Satan. Sa seule religion, c'est le beau. Le beau, qu'il trouve dans tout et partout, même dans les choses les plus crues", analyse Yslaire.

La lettre de Jeanne Duval à la mère de Baudelaire, qui sert de fil conducteur au récit, est la seule concession que fait Yslaire à la fiction.

Pour rendre son portrait de l'auteur, Yslaire se glisse dans la peau de Jeanne Duval, sa muse, décrite comme une "Vénus noire". "Elle était mulâtresse ou quarteronne, comme Dumas", note Yslaire. La lettre de Jeanne à la mère de Baudelaire, qui sert de fil conducteur au récit, est la seule concession que fait Yslaire à la fiction. "Tout le reste est sourcé, par ses propres écrits, par ses poèmes, particulièrement pour sa relation avec Jeanne ou par les écrits de son temps."

Artiste polymorphe

Au centre d'un mouvement artistique, Baudelaire n'est pas que poète, il est aussi artiste polymorphe, dessinateur à ses heures, féru de peintures qu'il achetait sans compter et passionné d'images; il se mêle à Courbet, Nadar ou Théophile Gauthier, dans les salons ou les bordels.

"C'est Jeanne qui écrit sous sa dictée lors de ses flashs de créateurs après des nuits de débauche."
Bernard Yslaire
Auteur et dessinateur de BD

Pour décrire le personnage, Yslaire prend les yeux de Jeanne Duval donc, sa muse, son seul véritable amour dans une vie de débauche. "Ils ont toujours entretenu une relation très étrange. Ils ont vécu ensemble des années, il dépensait sans compter pour elle, des parures, des parfums de prix... Une relation très charnelle, mais dont on n'est finalement pas sûr qu'il y ait eu véritablement consommation. Une relation très fusionnelle et intellectuelle aussi. C'est Jeanne qui écrit sous sa dictée lors de ses flashs de créateurs après des nuits de débauche."

"Le beau dans la laideur"

©Yslaire - Dupuis

Cette relation témoigne aussi de la personnalité de Baudelaire, cherchant le beau et la poésie dans l'excès, dans le charnel comme dans le spirituel. "Même s'ils se quittent un temps, Baudelaire protègera toujours Jeanne et la retrouvera à la fin de sa vie alors qu'elle est déformée par l'âge et à demi paralysée par la syphilis qui emportera Baudelaire lui-même quelques années plus tard. "Il l'amènera chez Manet qui la peindra. De nouveau, il trouve le beau dans la laideur..."

Si l'époque n'avait plus beaucoup de secrets pour le dessinateur après sa saga des "Sambre", il s'est immergé dans la vie de Baudelaire et de Jeanne, dessinant en flux continu, avoue-t-il, presque sans scénario. Et même s'il réfute toute proximité avec le personnage de Baudelaire – "il est petit, mesquin, imbu de lui-même, il se complait dans une sorte de déchéance..." –, Yslaire dessine son propos avec une immense poésie graphique.

Les personnages ou les événements sont jetés sur le papier avec vivacité dans une fièvre palpable. Jeanne Duval est superbe de sensualité et les scènes de sexe les plus crues deviennent de véritables œuvres, des tableaux où les esquisses se mêlent aux traits achevés. Avec une grande part d'onirisme ou de poésie quand les sexes se font serpent ou rose.

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