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interview

Catherine Locandro, autrice: "C'était la jeunesse de Mohamed Ali qui m'intéressait"

Cassius Clay alias Mohamed Ali. ©Bettmann Archive

Jab! Crochet! Uppercut! Pour Cassius, le futur Mohamed Ali, progresser à la boxe devient rapidement une obsession et la voie royale de la résistance au racisme et de l’émancipation. Un fantastique récit initiatique de Catherine Locandro.

«Cassius» de Catherine Locandro, auteur franco-belge, a remporté le Prix Première-Victor à l'issue d'un vote de 2.296 jeunes. Un prix crée en mémoire de Victor, jeune lecteur passionné, disparu à l'âge de treize ans, qui met en valeur nos auteurs et encourage la lecture au sein des écoles par des animations, des lectures, des rencontres et des appels à projets subsidiés. La quatrième édition est lancée, cinq romans choisis par un jury de professionnels sera soumis aux lecteurs de 12 à 15 ans et à leurs professeurs qui peuvent inscrire leur classe jusqu'à la mi-septembre. (www.lefondsvictor.be.)

Passionnant, bouleversant, interpellant, votre roman retrace l'incroyable parcours du boxeur Mohamed Ali, jeune enfant afro-américain qui réussit l'exploit de devenir lui-même, et plus encore, malgré la ségrégation et la pauvreté. 

Je suis tombée sur un article qui racontait comment il a découvert la boxe à douze ans; il se fait voler son vélo, porte plainte et le policier qui le reçoit devient son entraîneur. On part d'une anecdote et on en arrive à une légende du sport et de la culture! Mais comme je n'écrivais que pour les adultes, je ne savais pas quoi en faire. J'ai rencontré l'éditrice de la collection «Destin exceptionnels», chez Albin Michel, et je lui ai envoyé les deux premiers chapitres qui lui ont plu.

Pourquoi avoir songé aux jeunes lecteurs?

C'était sa jeunesse de Mohamed Ali qui m'intéressait, d'où il était parti, de quelle manière il s'était construit. Je trouvais intéressant de leur expliquer l'actualité du racisme aux États-Unis en remontant à l'histoire de la ségrégation, à partir de son parcours d'enfant.

À aucun moment vous ne vous êtes demandé si vous étiez légitime, vous femme, blanche, européenne pour raconter cette histoire?

Alors là! La liberté d'un auteur est de s'intéresser à des vies très différentes de la sienne. À aucun moment je ne me suis posée cette question. Pour écrire j'ai besoin de me sentir libre d'aller vers là où j'ai envie d'aller, vers ce qui ne me ressemble pas, que je ne connais pas.

Vous êtes l'auteur de huit fictions, dont la première, "Clara la nuit" (Gallimard) a reçu d'emblée le Prix René Fallet. Dans celles-là aussi, vous vous penchez sur des destins choisis ou imposés.

Oui, c'est ce qui m'interpelle, comment on choisit son chemin de vie, quelles sont les rencontres, les événements qui font que nous empruntons une direction plutôt qu'une autre, qu'est-ce qui fait un destin?

Apostrophes : Mohamed Ali, la boxe spectacle | Archive INA

Se tient-on à distance de certains sujets ou s'interdit-on des choses quand on écrit pour les adolescents?

Non, la seule différence est que j'ai ressenti une responsabilité supplémentaire. Pour les adultes je ne pose pas la question, ce sont des lecteurs qui savent ce qu'ils lisent. Pour la jeunesse c'est différent, ce sont des êtres et des citoyens en devenir et ce qu'ils lisent, ce qui les entoure, va influencer ceux qu'ils vont devenir. Je pense que certains livres lus dans sa jeunesse nous restent en tête et demeurent des repères importants encore beaucoup plus tard.

"C'est ce qui m'interpelle, comment on choisit son chemin de vie, quelles sont les rencontres, les événements qui font que nous empruntons une direction plutôt qu'une autre, qu'est-ce qui fait un destin?"
Catherine Locandro
Autrice

Celui qui deviendra Mohamed Ali est un personnage en or, il est dyslexique mais poète, boxeur brutal sur le ring mais courtois, doux avec sa mère et son frère, réservé au début avant de devenir un mentor.

Oui, c'est un parcours incroyable, une leçon de courage, de volonté, le travail. Quelque que soit l'âge que l'on ait, ce sont de belles valeurs qui nous portent.

Quelles sont les histoires que vous aimiez enfant?

J'aimais le mystérieux, le fantastique, j'adorais Sherlock Homes, Agatha Christie, que je lisais beaucoup adolescente. À l'époque, il y a avait nettement moins de choix qu'aujourd'hui.

Elèves donnant leur avis sur "Cassius"

Ce prix Victor vous a mené dans les classes, quel retour avez-vous eu de vos lecteurs?

J'ai adoré les rencontrer, c'était un vent frais, et en plein confinement. On s'est rendu compte combien lire est une véritable liberté, qu'on en a besoin pour s'évader. Ils m'ont dit avoir été touchés par ce personnage qui a grandi dans un environnement raciste; cela faisait écho avec l'affaire George Floyd et permettait d'en parler. Ils m'ont dit avoir aimé parce que cela les a divertis et en même temps les a fait réfléchir. Ce sont des lecteurs francs et directs, qu'ils aiment ou non, ils le disent et j'apprécie cela.

Quels sont les romans pour adolescents que vous, auteur, lectrice, avez aimé?

 Il y a de véritables chefs-d'œuvre. J'ai lu «La Passe-Miroir» de Christelle Dabos (Gallimard) qui m'a bluffée. J'ai trouvé cela vraiment brillant, incroyable, très bien écrit. J'ai beaucoup aimé aussi la série «Miss Peregrine» de Riggs Ranson (Bayard), très bien construite, qui réveille l'imaginaire, qu'on soit adolescent ou adulte, comme moi, qui y ait pris beaucoup de plaisir.

Roman jeunesse

«Cassius»
Catherine Locandro

Albin Michel-Jeunesse, collection Litt', 342p., 16,30 euros (à partir de 13 ans)

Note de L'Echo: 4/5

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