Catherine Ringer redonne vie aux dessins de son père

Catherine Ringer souhaite faire connaître les œuvres de son père. ©BELGAIMAGE

Dans les contes de Sholem Aleikhem, Catherine Ringer a sélectionné des dessins de son père pour continuer de voir le bonheur dans les yeux des gens qui le découvrent.

Pour l’illustration de ces formidables contes de Sholem Aleikhem (1859-1916) – l’un des plus grands et des plus célèbres auteurs en langue yiddish –, Catherine Ringer (cofondatrice des Rita Mitsouko) a travaillé avec l’éditeur Bruno Wajskop pour sélectionner une série de peintures et de dessins de son père, Sam Ringer (1918-1986).

Cet artiste affilié à l’École de Paris, qui a survécu à cinq ans dans plusieurs camps de concentration nazis, est encore pratiquement inconnu du public. Il est l’auteur d’une œuvre pourtant abondante: excellent portraitiste, il est aussi caricaturiste. Coup double, donc, pour ce recueil: contribuer à la diffusion des contes de Sholem Aleikhem en langue française et offrir un aperçu de la diversité des talents de Sam Ringer. Un livre qui amorce sans doute pour ce dernier le début de la reconnaissance.

Votre chanson "C’était un homme" est un hommage aussi simple que profond à votre père. Qu’est-ce qui vous marque dans son œuvre et qui vous motive à la faire connaître?

Les Rita Mitsouko - C'était un Homme

Dans cette chanson, je crois avoir exprimé l’essentiel de ce qu’il était. Mon père m’a fortement marquée par son regard d’artiste, par sa mystique aussi (sans qu’il soit religieux). Enfant, j’étais fière de voir l’effet que sa peinture faisait aux gens, sa manière de faire visiter son atelier, en expliquant son travail. Il était comme un sage. Tout ce qu’il a fait, il l’a fait pour la beauté, pour l’art, pour la recherche – et pas seulement artistique.

Je souhaite soutenir cette peinture que j’ai toujours aimée et qui avait le don de faire briller les yeux des gens. Dans les camps, par son art, il a aidé des prisonniers à vivre. Il les ramenait à leur humanité. Par exemple, il faisait en cachette des spectacles d’ombres chinoises. Un de ses amis survivants m’a raconté ce souvenir de lui: assis dans un baraquement, il dessine d’un air angélique, avec un bout de bois brûlé, sur un morceau de carton, le soldat de garde. Il y avait des cadavres mais lui était ailleurs, dans la beauté, un peu comme quelqu’un qui prie, "libre dans sa tête".

"Il y avait des cadavres mais lui était ailleurs, dans la beauté."
Catherine Ringer
Cofondatrice des Rita Mitsouko

Ces contes de Sholem Aleikhem, en quoi nous parlent-ils aujourd’hui?

Sholem Aleikhem raconte admirablement, par exemple, le côté horrible de la condition animale, mais aussi la dimension quasi humaine de la sensibilité des animaux. Il en parle comme s’il avait été un animal à l’abattoir! De plus, il a une capacité unique à regarder en face la mort et les catastrophes qui peuvent frapper n’importe qui. Et il fait preuve d’un incroyable sens de l’humour. Ces histoires conviennent également à merveille pour les adultes.

Votre père a également illustré les débuts des Rita Mitsouko…

Oui! Il a animé quelques-uns de nos premiers concerts en faisant de la peinture en direct qu’il projetait avec une lanterne magique. Pour le clip de "Marcia Baila", il a collaboré à la création des décors en créant des personnages découpés. Le personnage sur la couverture de mon dernier disque, "Chroniques et fantaisies", est d’ailleurs l’une de ces créations.

On découvre dans cette publication un stupéfiant portraitiste, de même que sa maîtrise d’une grande diversité de thèmes et de techniques. Cette publication est-elle le prélude à d’autres projets?

Mon père m’a nommée légataire de son œuvre – des centaines de peintures, de dessins, de caricatures. Pour commencer, j’aimerais créer une galerie en ligne. J’envisage aussi une exposition, un catalogue. C’est une fierté pour moi de me battre pour son travail. Je voudrais le faire reconnaître car je vois le bonheur dans les yeux des gens qui le découvrent.

"Histoires pour enfants à ne plus mettre dans les mains des enfants" - Sholem Aleikhem, illustrations de Sam Ringer. Marque belge, 128 p., 20 euros. Note: 4/5. ©Because Music

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