Chinaman emmène ses ennemis dans son enfer

"Le réveil du tigre", par Serge Le Tendre et Olivier TaDuc. ©Dupuis

BD | Olivier TaDuc revient à ses premières amours en donnant une fin définitive à son personnage fétiche dans "Le réveil du tigre".

Il y a 14 ans déjà, Serge Le Tendre et Olivier TaDuc laissaient leur personnage de Chinaman en fin de cycle, mais sans y donner une fin véritable. Le Chinois tentait de maitriser son destin dans une Amérique entre modernité et sauvagerie du Far West.

Bien qu'il ait été occupé à d'autres projets depuis (une série jeunesse et un album de la série "XIII Mystery" notamment), le dessinateur d'origine vietnamienne gardait un faible pour son "double" de papier – et, surtout, un goût de trop peu pour ne pas avoir mis un terme clair à la série. "Le western reste mon univers de prédilection avec une tendresse particulière pour ce Chinois déraciné", précise Olivier TaDuc. "Mais il s'agit ici d'un western un peu particulier, plus humain, différent des standards du genre."

Quitte à y revenir, TaDuc et Le Tendre s'accordent sur le fait qu'il ne faut ni relancer la série ni faire un simple tome 10. "Nous sommes donc partis sur un one shot indépendant, riche de la série de base évidemment, mais aussi de ce que Chinaman a vécu durant l'intermède."

Crépusculaire

Le duo livre un album crépusculaire autour de ce personnage vieillissant. Déjà écartelé entre ses origines et son désir de s'intégrer dans cette nouvelle civilisation qu'il découvre et dont il subit les affres, Chinaman semble avoir été mangé par ses démons. C'est une épave assommée d'opium que l'on retrouve raillée par des gosses au fond d'une ruelle sordide. Il faut toute la patience de son vieux pote Marcus pour le ramener de temps à autre à la surface.

"Nous ne voulions pas d'une 'happy end' sur fond de soleil couchant mais d'un véritable sacrifice final pour finir en beauté. Mais qu'importe la fin, c'est le voyage que l'on fait pour y arriver qui compte."
Olivier TaDuc
Dessinateur de BD

"Nous ne voulions pas d'une 'happy end' sur fond de soleil couchant mais d'un véritable sacrifice final pour finir en beauté. Mais qu'importe la fin, c'est le voyage que l'on fait pour y arriver qui compte." Le Tendre et TaDuc dévoilent quelques éléments de la vie passée de Chen Long durant plus de vingt ans entre le dernier épisode et cette aventure. Vingt ans de guerre de Sécession puis de bagne qui ne l'ont pas laissé indemne.

"Cette vie passée, que l'on suggère ou esquisse, c'est une sorte d'hommage à des monstres sacrés comme Blueberry ou Comanche qui sont aussi passés par le bagne", confesse TaDuc.

Il faudra toute la douleur de la perte d'un ami et la nécessité de retrouver sa dignité aux yeux d'un fils qu'il ne connaissait pas pour sortir Chinaman de cet enfer. Seulement, ce sera pour mieux le replonger dans un autre. "Mais c'est pour y emmener ses ennemis et protéger les siens!", affirme le dessinateur.

Album de la maturité

Le Tendre et TaDuc se donnent la place et le temps de tisser le récit pour approfondir la psychologie de leurs personnages. Même s'ils n'évitent pas l'écueil de quelques longueurs, le rythme est soutenu et l'on retrouve avec plaisir ce personnage torturé à la recherche de sa rédemption.

Dans cet album de la maturité, TaDuc soigne son dessin, plus noir et plus travaillé que dans ces albums précédents, et surtout les couleurs, qui supportent les variantes du rythme du récit.

Zoom sur le western en BD avec TaDuc

Western

"Le réveil du tigre"

Serge Le Tendre et Olivier TaDuc, Dupuis (Collection Aire Libre),

134 p., 28,95 euros

Note de L'Echo: 3/5

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés