Churchill vu par George VI

©Photo News

Encore une biographie de Churchill? Bien qu’on en ait écrit des centaines, l’ancien Premier ministre britannique continue de fasciner historiens et simples lecteurs, tant pour son opiniâtreté face à l’adversité que pour son excentricité typiquement britannique.

Lorsqu’il est question de Churchill, on se réfère généralement dans le monde francophone à François Kersaudy dont les ouvrages font autorité. La "brique" de 1.300 pages d’Andrew Roberts, saluée par la critique lors de sa sortie en 2018, ne fait nullement double emploi. Ne serait-ce que parce qu’il est le premier historien "churchillien" à avoir obtenu de Buckingham l’accès aux carnets personnels du Roi George VI. L’auteur estime que ces carnets constituent "une corne d’abondance de nouvelles informations". Ils relatent notamment les rencontres hebdomadaires du Roi avec son Premier ministre. Churchill se montre par moments très critique à l’égard du grand allié américain et du Président Roosevelt, chose qu’il n’a jamais faite en public.

Churchill se montre par moments très critique à l’égard du grand allié américain et du Président Roosevelt, chose qu’il n’a jamais faite en public.

Les carnets du Roi George VI sont également instructifs sur le rôle de Léopold III dans la capitulation de l’armée belge le 28 mai 1940, capitulation jugée scandaleuse par les alliés français et britanniques. "La raison réelle du déchaînement de la presse contre Léopold, c’est la volonté de soutenir le moral des Français. Il faut que les Français aient un bouc émissaire extérieur à eux", écrit George VI, qui refusa de relever le Roi Léopold de son grade de colonel de l’armée britannique. Churchill confirmera cette analyse après la guerre auprès de l’archiduc Otto de Habsbourg.

Le Churchill intime

L’auteur lève aussi un coin du voile sur le Churchill intime, en s’appuyant sur la correspondance entre le Premier ministre et sa femme Clementine. En 1940, alors que le monde libre est gravement menacé, le Premier ministre se fait sermonner par son épouse pour ses sautes d’humeur à l’égard de son personnel. Elle regrette "une détérioration de ses manières" et elle lui rappelle que même s’il a le droit de congédier tout le monde, à l’exception du Roi, du Speaker de la Chambre des Communes et de l’archevêque de Canterbury, il est censé "combiner ce pouvoir terrifiant avec la courtoisie, la gentillesse et si possible un calme olympien". Elle lui rappelle – en français – l’adage comme quoi on ne règne sur les âmes que par le calme. L’auteur doute que son homologue à la Chancellerie du Reich ait été confronté au même genre de remarques…

On apprend par ailleurs que si Churchill aimait s’exercer au tir sur le stand des Chequers, ce n’était pas pour son seul plaisir. Il faisait déposer une mitraillette dans sa voiture gouvernementale de façon à pouvoir répliquer s’il était attaqué. Et lors de ses voyages en France pendant la campagne de mai-juin 1940, il portait un révolver, en confiant à son garde du corps Walter Thompson: "On ne sait jamais, je n’ai pas l’intention de me laisser prendre vivant." Par contre, quand on lui demandait vers la fin de sa vie s’il n’avait jamais eu l’intention de se suicider, il répondait: "Non. Bon, seulement du point de vue philosophique."

À la lecture de cette biographie, on se rend compte de la dette que nous avons à l’égard de cet homme. Si ses statues sont aujourd’hui menacées de profanation, c’est avant tout révélateur du niveau d’ignorance de ces nouveaux censeurs.

À la lecture de cette biographie, on se rend compte de la dette que nous avons à l’égard de cet homme. Si ses statues sont aujourd’hui menacées de profanation, c’est avant tout révélateur du niveau d’ignorance de ces nouveaux censeurs. Churchill était un homme de son temps. Et qui sait comment nous serons jugés par les générations futures?

Biographie

"Churchill"

Andrew Roberts, éd. Perrin,

1.320 pages, 29 euros

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés