Coco (Charlie Hebdo): "Ils voulaient tuer la liberté!"

©Coco - Les Arênes BD

Survivante de l'attentat contre Charlie Hebdo, Corinne Rey, dite Coco, livre "Dessiner encore", un roman graphique poignant qui tente d'expliquer son ressenti.

Le 7 janvier 2015, Coco, timide dessinatrice de Charlie Hebdo quitte la salle de rédaction où les pontes du journal qu'elle admire tant terminent leur réunion hebdomadaire. Elle descend fumer une clope au pied de l'immeuble. Mais en bas des escaliers, deux hommes armés et encagoulés, "des masses noires de mort, totalement déshumanisées, fulgurantes, violentes", raconte-t-elle, surgissent et lui intiment l'ordre de les mener à la rédaction du journal. Le canon sur la tempe, ils la forcent à former le code d'accès. Après, c'est le noir, les claquements, la fureur, les cris et puis le vide.

"Il fallait travailler, dessiner, dessiner encore pour s'occuper l'esprit autant que pour sauver notre idéal."
Coco
Dessinatrice

Dès le surlendemain, Coco et le reste de l'équipe se jettent à corps perdu dans la fabrication du journal. "Il fallait travailler, dessiner, dessiner encore pour s'occuper l'esprit autant que pour sauver notre idéal. Ils voulaient tuer la liberté, il fallait y répondre par une liberté plus grande et plus affirmée encore!", affirme Coco. Ces événements ont au moins eu ce mérite de conforter la jeune dessinatrice dans ses idées et ses convictions. Et dans le rôle primordial de la critique. "On a la chance de vivre dans une société où il est encore possible de respecter les croyances ET de critiquer les religions. C'est inestimable!"

Couverture de l'album "Dessiner encore" ©Coco - Les Arènes BD

Mais se noyer dans le travail n'empêche pas de se noyer tout court. Le récit de Coco dans "Dessiner encore" passe de ce sentiment d'asphyxie complète à la culpabilité d'être survivante après avoir ouvert la porte aux tueurs. Tout un travail lent et difficile pour sortir la tête hors de l'eau.

"Clairement, ce livre fait partie de mon travail personnel de reconstruction. Je m'y livre pour moi. C'est un palier dans ce retour à la vie 'normale', tout comme ma thérapie ou mon témoignage au procès d'ailleurs. Cela m'a aussi servi à remettre mes idées en place avant le procès, à mettre des mots et des images sur les sentiments qui m'habitaient", exprime Coco.

La fragilité de la vie

Ce livre fait la somme des choses. À travers le regard de Coco, il montre aussi "ce que l'on a perdu et ceux que l'on a perdus" le 7 janvier. "Des gens et des qualités de vie comme la simplicité, l'insouciance, l'humanisme. La vie est plus dure, plus violente aujourd'hui, pas seulement pour moi. Je ne me pensais pas capable d'arriver aussi loin en commençant ce bouquin", avoue Coco.

"On s'efforce de la vivre pleinement, avec moins de timidité et de réserves dans mon cas. En tout cas, j'essaye de le faire..."
Coco
Dessinatrice

Il y a bien sûr ces quelques minutes du 7 janvier, centrales et déterminantes, mais il y a surtout l'avant et l'après. Coco y décrit, avec un profond attachement, la vie du journal et la bienveillance dont ont fait preuve ses aînés à son égard, la manière dont, petite souris timide, elle observait le travail des Cabu, Charb et autre Wolinski, pour y forger son propre style de plus en plus affirmé. Et l'après, avec ces vagues directement empruntées à Hokusai, qui noient et étouffent, le récit fait à son psy et des instants de bonheur retrouvé pour (ré)apprendre à respirer, à dormir, à se déplacer sans peur, sans culpabilité d'être vivante.

"On prend conscience de la fragilité de la vie", explique-t-elle encore. "On s'efforce de la vivre pleinement, avec moins de timidité et de réserves dans mon cas. En tout cas, j'essaye de le faire..." Mais en balance, il subsiste ce sentiment lourd d'être en vie quand d'autres ne le sont plus.

Roman graphique / Témoignage

"Dessiner encore"

Coco, Les Arènes BD, 350 p., 28 €

Note de L'Echo: 5/5

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