Comment les ducs de Bourgogne ont façonné la Belgique

Cette célèbre miniature frontispice attribuée au peintre Rogier van der Weyden montrant Jean Wauquelin offrant son ouvrage au duc Philippe Le Bon. ©Photo News

Bart Van Loo propose une plongée dans les Pays-Bas bourguignons, première ébauche d’un État moderne.

Sans les ducs de Bourgogne, la Belgique existerait-elle dans sa forme actuelle? La question mérite d’être posée, tant la présence bourguignonne a laissé une empreinte durable sur nos contrées.

Entre 1369 et 1477, quatre ducs se sont succédé à la tête des Pays-Bas méridionaux et septentrionaux (Belgique et Pays-Bas actuels): Philippe le Hardi, Jean sans Peur, Philippe le Bon et Charles le Téméraire. Leur puissance et les fastes de leur cour ont rayonné dans toute l’Europe médiévale. Cette histoire nous est contée par Bart Van Loo, un Flamand marié à une Bourguignonne (ça ne s’invente pas).

Histoire

"Les téméraires. Quand la Bourgogne défiait l’Europe"

Bart Van Loo, Flammarion,

684 p., 29 €

Avec 200.000 exemplaires écoulés depuis sa sortie en langue néerlandaise en 2019, l’ouvrage de Bart Van Loo est un bestseller en Flandre et aux Pays-Bas. La traduction française devrait toucher un public plus large encore. Alliant précision historique et sens aigu de la narration, l’auteur plonge le lecteur dans la période troublée de la Guerre de Cent Ans.

Des quatre ducs, Philippe le Bon était de loin le plus influent. C’était aussi le plus sage puisqu’il conclut la paix avec l’assassin de son père. Le Roi de France Charles VII avait fait liquider Jean sans Peur en 1419 qui, lui-même, avait fait assassiner Louis d’Orléans, le frère du Roi de France, en 1407. Ces deux faits avaient profondément choqué l’opinion de l’époque, pourtant habituée à quelque violence.

"La monnaie unique ne pouvait empêcher les habitants des domaines du duc de se sentir flamands, zélandais, hollandais ou brabançons plutôt que bourguignons, de même que nous nous sentons plus belges, néerlandais ou français qu’européens."
Bart Van Loo
Historien

Philippe le Bon résidait souvent à Bruxelles, dans le palais du Coudenberg, qui se situait à l’emplacement de l’actuel Palais Royal. Ce vaste complexe a été détruit par un incendie en 1731. À leur apogée, les ducs de Bourgogne voyageaient de Mâcon à Amsterdam sans passer une seule frontière.

Bart Van Loo en interview avec De Tijd en 2019 à la sortie de son livre. ©Emy Elleboog

Ébauche d'un État moderne

Bien sûr, ces territoires appelés Pays-Bas ou "Plats Pays" ne répondent pas à l’image que l’on se fait d’un État moderne. Mais c’était une première ébauche, avec des tribunaux tenus de respecter certaines règles et procédures, une forme de contrôle financier grâce aux Chambres des Comptes, une monnaie qui remplissait son rôle dans l’ensemble des possessions ducales. S’ajoutait à cela, à partir de Charles le Téméraire, une armée permanente.

Bart Van Loo dresse également un parallèle avec la construction européenne: "Malgré le succès des réformes entreprises par le duc, il est difficile de qualifier ses terres septentrionales d’ensemble organique. Il s’agissait plutôt d’une fusion de pays indépendants. (…) Lointain précurseur de l’euro, le Vierlander ne suffisait pas à faire une véritable union. La monnaie unique ne pouvait empêcher les habitants des domaines du duc de se sentir flamands, zélandais, hollandais ou brabançons plutôt que bourguignons, de même que nous nous sentons plus belges, néerlandais ou français qu’européens."

La Bourgogne a davantage laissé son empreinte en Flandre qu’en Hollande où l’influence a été plus tardive. "Dans les régions les plus au Nord, on observait une résistance plus forte à l’administration francophone unilingue, ce qui explique que l’héritage bourguignon soit plus marqué dans la Belgique actuelle qu’au royaume des Pays-Bas", observe Bart Van Loo.

Les Hospices de Beaune symbolisent cette osmose entre la Flandre et la Bourgogne. Ce chef-d’œuvre de l’architecture de la fin du Moyen Âge a été pensé par l’architecte flamand Jacques Wiscrère, sans doute une francisation de "Visscher". Au niveau pictural enfin, il reste les œuvres des maîtres de l’école flamande, qui étaient au service des ducs, Rogier Van de Weyden, Jan Van Eyck et Claus Sluter.

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