David Lagercrantz, l'outsider de Millénium

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L’ancien journaliste et romancier suédois évoque "La fille qui rendait coup pour coup", cinquième volume hautement addictif de la saga Millénium. Un thriller où l’auteur met beaucoup de lui-même tout en respectant l’ADN de Stieg Larsson.

David Lagercrantz a le visage un peu chiffonné lorsqu’on le retrouve dans cet hôtel de Saint-Germain-des-Prés en ce mercredi ensoleillé de septembre.

LivreS

"Millénium 5"

Note: 3/5

"La fille qui rendait coup pour coup". Actes Sud, 400p., 23 euros.

À 55 ans, l’auteur de "Je suis Zlatan Ibrahimovic", record de ventes en Suède, sillonne le globe pour assurer la promotion de la suite des aventures de Lisbeth Salander à la manière de n’importe quelle star du rock.

C’est notre troisième rencontre en autant d’années. Affable, généreux et attentionné, David Lagercrantz confesse être sur les rotules en préambule à un entretien d’une trentaine de minutes qui tient plus de la conversation à bâtons rompus qu’à l’exercice traditionnel du questions/réponses. "J’espère que ça ne se verra pas trop sur les photos mais je suis rincé", glisse-t-il d’entrée de jeu. "Je commence à tirer la langue. Hier, j’étais à Madrid, enchaînant des interviews de 9 heures du matin à 21 heures. En Italie, j’ai fait une conférence de presse et, là, je pars aux Etats-Unis. Pour quelqu’un qui aspire à une vie normale, c’est un peu compliqué à gérer au quotidien".

N’allez pas interpréter de travers les propos de celui qui n’a pas été épargné en reprenant les personnages créés par Stieg Larsson avec "Ce qui ne me tue pas", sorti en 2015. David Lagercrantz est un homme heureux alors qu’il revient de loin. Ce père de trois enfants se retrouve quasi au cœur d’une affaire d’État lorsque son nom est dévoilé par Norstedts, la maison d’édition de "Millénium", pour succéder à Larsson, foudroyé par une crise cardiaque le 9 novembre 2004, juste après avoir rendu les trois tomes à son éditeur.

"J’étais mort de trouille"

Pendant ce temps-là, Erland et Joakim Larsson (respectivement père et frère de l’auteur) écartent Eva Gabrielsson, compagne de Stieg, de l’héritage de son ami parce qu’ils ne sont pas mariés. Lagercrantz a tenu bon et l’avenir lui a foutrement donné raison. "Quand j’y repense, c’était vraiment une période horrible", acquiesce le Suédois. "J’étais mort de trouille parce que je n’avais pas droit à l’échec même si j’étais convaincu d’avoir une bonne histoire. Dans mon pays, les gens sont devenus complètement fous. Les premières critiques m’ont éreinté et pas parce que le livre était mauvais mais parce que certains journalistes avaient décrété qu’il l’était. Je passais mon temps à me défendre et à me justifier à longueur d’interviews. Ce n’est qu’après les premières bonnes critiques, en France, notamment, que le changement s’est opéré".

"On nous disait qu’on était vernis de vivre dans un pays formidable. Mais quand on grattait un peu, on découvrait une société hantée par la Seconde guerre mondiale et par l’extrême droite."

Avec "La fille qui rendait coup pour coup", David Lagercrantz réussit l’exploit d’être fidèle aux personnages originaux que sont Lisbeth Salander et Mikael Blomkvist tout en apportant sa contribution toute personnelle en injectant des thématiques qui le passionnent et de nouveaux personnages. Au menu de ce cinquième et avant-dernier opus, la gémellité, l’acousie, les Roms et les crimes d’honneur.

"Stieg Larsson écrivait sur des thématiques contemporaines comme la liberté de la presse, la protection de la vie privée ou le piratage informatique", reprend le romancier. "Je me dois d’insuffler des thématiques actuelles en gardant en tête que ça doit être cohérent avec l’histoire de Lisbeth Salander".

À l’image de ce scandale de vrais jumeaux qui date des années trente et que Lagercrantz a fictionnalisé pour remonter aux racines du mal de son héroïne Lisbeth et de sa sœur jumelle. "Pas loin de 500 vrais jumeaux ont été séparés dès la naissance soit parce qu’il y avait des naissances hors mariage soit parce que certaines familles n’avaient pas les moyens d’en élever deux. J’ai grandi au sein d’une famille aisée et mon père nous disait toujours qu’on devait mesurer notre chance. Je me suis posé la question de savoir ce que je serais devenu si j’avais grandi dans un petit village perdu au milieu de nulle part au sein d’une famille violente. Grandir dans les années 70 en Suède était particulier. On nous disait qu’on était vernis de vivre dans un pays formidable. Mais quand on grattait un peu, on découvrait une société hantée par la Seconde guerre mondiale et par l’extrême droite. Ensuite, c’est vrai que j’adore les sciences et l’idée de transmettre et d’éduquer au sein d’un roman noir. C’est ce que faisait d’ailleurs Stieg Larsson".

Tandis que le réalisateur uruguayen Federico Álvarez s’apprête à commencer le tournage en janvier 2018 du "Millénium 4" (Claire Foy, la formidable interprète d’Elisabeth II dans la série Netflix "The Crown", sera Lisbeth Salander), David Lagercrantz avoue avoir déjà le début et la fin du sixième volet, qui sortira en 2019. "J’imagine que les lecteurs et lectrices souhaitent un affrontement final entre Lisbeth et sa frangine", sourit l’intéressé. "Je ne voudrais pas les décevoir!"

©actes sud


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