De grands livres en petit format

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Que les retardataires, les radins et les fauchés se rassurent: les meilleurs romans de l’an dernier viennent de paraître en poche. De quoi régaler cette dernière semaine de vacances.

"Le jour d’avant" - Sorj Chalandon

Le Livre de poche. Note: 4/5.

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Derrière chacun de ses écrits, une nécessité s’impose. Qu’il nous parle de la guerre civile du Liban, d’Irlande du Nord, de son père ou du sort des mineurs du Nord de la France, tout est toujours porté par une vérité des êtres d’autant plus troublante qu’ils déraillent… Un homme, enfant au moment de la catastrophe minière de Liévin, ne s’est jamais remis de la mort de son frère, victime collatérale d’un coup de grisou qui fit quarante-trois morts le 27 décembre 1974.

Quarante ans plus tard, sa solitude le pousse à chercher les vrais coupables derrière les lampistes qui ont payé une négligence qu’il estime organisée. Les charbonnages étaient sur leur déclin, l’entretien était réduit au minimum et la vie des mineurs passait après la rentabilité. À l’évidence politique, ce "J’accuse" à la Zola, interpelle notre économie de marché qui sacrifie la sécurité des hommes sur l’autel du profit. La sincérité absolue, l’engagement littéraire, la passion de la justice portent la plume de Chalandon. Journaliste de formation, il met l’enquête et le sérieux au service d’un quidam, spolié de son existence. Poignant et remarquable.

"Le sympathisant" - Viet Thanh Nguyen

Éd. 10/18. Note: 4/5.

Le bien nommé auteur d’un singulier livre sur la fin de l’ère américaine dans son pays d’origine, le Vietnam, dénote dans le genre de l’évocation politique. Brutal mais décalé, tragique mais cocasse et enlevé, ce roman met en lumière l’ambivalence de la sympathie des Vietnamiens du Sud pour le modèle occidental. Derrière l’opportunisme politique des uns et des autres, face au communisme totalitaire qui menace, le déchirement intime a un poids dérisoire. Tiraillé entre des convictions antinomiques, le narrateur, très attaché à l’idée de progrès mais autant au rock’n roll, se retrouve agent double, jusqu’à la schizophrénie.

Sous des dehors de film d’action, l’ironie grinçante de ce thriller politique démonte les clichés de tous bords, celui des Asiatiques, qui ont intégré l’imagerie que véhicule Hollywood à leur égard, et celui des Américains racistes. Professeur d’université sur les questions d’ethnicité, Viet Than Nguyen aborde les questions fondamentales et douloureuses de l’identité et de la trahison. Il a été récompensé, pour ce roman, par le prix Pultizer 2016 et, en France, par le prix du meilleur livre étranger 2017.

"Les huit montagnes" - Paolo Cognetti

Le Livre de poche. Note: Note: 4/5.

"Les huit montagnes" - Paolo Cognetti. Le Livre de poche. Note: Note: 4/5. ©doc

Il a marqué la rentrée littéraire de l’an dernier au point de recevoir le Prix Médicis étranger et nous atteint sans venir nous chercher. Livre d’un fils, d’un ami, d’un homme de trente ans, mal dans cette époque dont il ne perçoit plus ni le sens, ni l’humanité, "Les huit montagnes" a été écrit adossé à la montagne. Les Alpes italiennes sont le décor du journal de bord, largement autobiographique, de Paolo Cognetti qui y interroge le rapport à soi et aux siens, face à un monde inconnu et sauvage qu’il va devoir affronter. Romantique, initiatique par ce rejet de la modernité telle qu’on nous l’impose, l’auteur est fils de deux exilés économiques qui ont dû quitter la ferme et la campagne pour la ville, avec un idéal d’émancipation sociale et de progrès que les années 70 ont mise à mal. Trente ans plus tard, Paolo Cognetti se sent, lui aussi, en décalage avec l’ère du temps et cet avenir peu exaltant. Pour autant, peut-on vivre seul en montagne, en autarcie, retourné à un mode d’existence frugal? Du rêve à la réalité, il y a plus d’un col à franchir…

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