Delerm, tout à la fois l’enfant, l’adulte et l’homme âgé

L'auteur français Philippe Delerm, chez lui, en 2015. ©AFP

Avec "La vie en relief", Philippe Delerm convoque tous les âges de l’existence dans un recueil de textes courts dont il a le secret.

«Je veux être de tout mon temps. En écrivant ça, j’ai simplement l’impression d’encourager une disposition, quelque chose qui vient avec les années, une forme de plénitude plutôt étonnante». Avec ce nouveau livre, achevé pendant le confinement, l’auteur de «La première gorgée de bière et autres plaisirs minuscules» (1997) ne fait rien d’autre que poursuivre avec talent le travail d’une vie: accorder toute son attention aux sensations passées et présentes, détecter la grandeur de l’infiniment petit – ces choses infimes qui font le sel de la vie et nous échappent le plus souvent.

Roman

«La vie en relief»
Philippe Delerm

Seuil, 240p., 16 euros

Note de L'Echo: 4/5

Plongeant un peu plus loin dans l’intime, dévoilant quelques souvenirs personnels et familiaux, Delerm livre aussi une réflexion sur le vieillissement à travers ce sentiment très particulier, à l’origine du livre, d’être tout à la fois l’enfant, l’adulte et l’homme âgé qu’il est désormais. Une impression qui, à ses yeux, change la texture du présent. C’est là une nouvelle façon d’être au monde, comme si ce qu’on avait vécu ne se perdait pas mais perdurait dans le temps. La mémoire, dit-il, serait alors de garder plusieurs vies en même temps: une amplification des sensations qui a agi sur lui comme une révélation.

La première minute d’un match de foot, un enfant tombé endormi sur sa chaise, une soirée entre amis et autres moments fugaces dont Delerm a le secret: les textes s’enchaînent en conservant leur vivacité, comme si on entamait la lecture du livre à chaque fois, conservant ce bonheur des premières phrases.

Crise sanitaire

Le climat de crise sanitaire donne encore davantage de texture et de prix à ces petits plaisirs perdus, dont on ignore quand il reviendront. Sans tomber dans le piège de la morale ou de la nostalgie, Delerm saute d’un temps à un autre, évoque les corons d’autrefois, «cette sensation de revenir à une ère ouvrière» en marchant seul, en hiver, au point du jour.

«Je veux être de tout mon temps. En écrivant ça, j’ai simplement l’impression d’encourager une disposition, quelque chose qui vient avec les années, une forme de plénitude plutôt étonnante.»
Philippe Delerm
Auteur

Plus loin, il est question de la laideur des gymnases où, adolescent, on nous forçait à faire du sport: «Il y en a plein dans une vie, des lieux et des journées comme ça, des salles d’attente ouvertes au vent, des chambres d’hôtel capitonnées de blafardise et d’ennui, des couloirs de lycée balisés de crochets portemanteaux, des wagons pas chauffés.» Quel n’est pas son étonnement de retrouver cette même atmosphère, des années plus tard, dans l’EHPAD où il veille les derniers jours d’un proche.

Un livre à la fois doux et sans concessions, où le temps qui passe et la mort font partie de la vie, sans détours inutiles.

Philippe Delerm ou la nostalgie heureuse

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