Délivrez-nous de nos amis

©Editions du Rocher

Le nouveau roman d'Olivier Maulin semble dédié au plaisir de retrouver de vieux copains par Facebook. Attention aux apparences, elles sont souvent trompeuses. Un joyeux coup de coeur qui flirte avec Shining, de Stephen King. 3/5

Dixième roman déjà pour Olivier Maulin. L’auteur français revient pour célébrer des Retrouvailles (éditions du Rocher). Une fête promise, avec une couverture joyeuse où des verres de vin s’entrechoquent. Comme pour fêter quelque chose d’heureux. Mais le plaisir n’est souvent que temporaire. Le coup de barre du lendemain peut s’avérer sévère. Laurent Campanelli aurait dû y penser avant de répondre à une invitation Facebook. Celle d’un ancien copain d’études, Michel d’Aubert, fils de bonne famille. Bonne et surtout riche. Loin de son milieu familial.

Fils de maçon italien, Laurent Campanelli n’a pas eu la chance de suivre et de réussir d’aussi bonnes études que son ami Michel. Lequel ne s’est jamais empêché de lui signaler cette différence de parcours et de caste. Marié à Perrine, deux enfants, un job de cadre en informatique. Laurent semble pourtant équilibré. Même si sa vie n'a rien de terrible. Et quand son ami Michel l’invite sur Facebook pour passer un week-end en montagne dans un ancien centre de vacances racheté par son frère Yvon, Laurent accepte. L’occasion est belle, se dit-il, de se rappeler des souvenirs de jeunesse. Et de retrouver Flore, la sœur de Michel, un amour platonique d’adolescence.

Mais dès le début du week-end, les choses s’amorcent mal. Le centre se trouve en pleine montagne, isolé comme jamais, sans confort, sans chauffage. De quoi irriter Laurent et Perrine. Mais il leur faut faire bonne figure devant leurs hôtes. Sourire, accepter les blagues de potache. Faire semblant. L’alcool servi, encore et encore, les langues se délient peu à peu. Et les vieilles rancoeurs remontent à la surface.

Devant la fratrie d’Aubert, Laurent se sent minable, moqué, méprisé. Et voici que se font sentir les remugles d’un passé qu’il ne fallait pas déranger. Laurent aurait dû se souvenir que  l’amitié n’est souvent que de façade entre différentes classes sociales.

"Laurent maudissait ces salauds qui l’humiliaient. Il n’était pas de leur monde. Lui s’était battu. Il était devenu informaticien car il fallait qu’il gagne sa vie. Il se sentait seul et lâche. Il avait pitié de lui-même, abandonné de tous et incompris." Michel, Yvon, Flore. Ses amis, soit, mais trop heureux de le rabaisser devant sa femme et ses enfants. Seul allié, l’alcool. Pour reprendre un peu d'assurance et tenter de briller. De répliquer et de jouer au caïd. De reyrouver un peu de fierté et de courage. Pour répondre aux avances inattendues de Flore. Erreur fatale d’un week-end glacial. Car cet acte consommé honteusement, dans une chambre de collégien, marquera le début d’un drame fomenté autour de ce minable de Laurent. Victime d’une sombre machination...

Difficile d’en dire plus sans risquer de déflorer une intrigue qui réserve une fin de toute beauté. Point d’orgue de retrouvailles diaboliques.

Olivier Maulin a réussi parfaitement à tromper ses lecteurs dans un roman qui peut se ranger parmi les thrillers. Avec une oeuvre pourtant débutée comme une joyeuse comédie, prometteuse de rires et de bons souvenirs. Avec Facebook comme outil fantastique pour renouer avec d’anciennes amitiés.
"Comme tout le monde, c’est dans le passé que Laurent avait tendance à rechercher le moyen de rendre sa vie un peu moins monotone."

Un roman court, dont on perçoit assez rapidement l’évolution du drame, construit en crescendo. Comme dans ces réunions de famille où chacun règle ses comptes, au point de transformer rapidement une soirée en enfer. Olivier Maulin immerge ses lecteurs dans des retrouvailles transformées en arènes. Les voici transformés en témoins. Piégés eux aussi.

Un huis-clos tragique, articulé autour de ce centre de vacances, dénommé " Le bûcher des sorcières ". Immense, hostile, déserté, froid et isolé. Difficile de ne pas le comparer à l’hôtel Overloop du roman Shining de Stephen King. Olivier Maulin connaît ses classiques et sait, lui aussi, surprendre, dérouter. Faire monter la tension jusqu’à la dernière goutte, avec des fausses pistes.

On savoure son talent pour ciseler des personnages fragiles, des losers à la fois drôles et pathétiques. Comme Laurent Campanelli, dont on perçoit très rapidement les fêlures. Incapable de se faire respecter de ses propres enfants. De briller en société, de ne pas jalouser ses propres amis.
Après la lecture de ce roman, qui se lit en une soirée, il vous sera bien difficile de regarder Facebook avec le même œil bienveillant. Longtemps restera gravée dans votre ssprit cette citation célèbre, attribuée à Voltaire, "Mon Dieu, délivrez-moi de mes amis, quant à mes ennemis, je m’en charge."
Levons nos verres à ces retrouvailles. Éphémères hélas.

Les retrouvailles. Roman. Olivier Maulin, éditions du Rocher, 188 pages, 19,90 euros

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