Derrière un mendiant, il y a une personne

©doc

Avec "Le fils de l'Ursari", primé de nombreuses fois, Xavier-Laurent Petit nous porte à regarder autrement ces mendiants Rom que l'on contourne sur les trottoirs des grandes villes.

L’album est sorti il a quelques mois déjà mais le prix Atomium de la BD citoyenne (qu’il a reçu la semaine dernière en marge de la Fête de la BD, à Bruxelles) le remet dans l’actualité. Parce cette BD joliment mise en image par Cyrille Pomès et magnifiquement mise en couleur par Isabelle Merlet fait plus que raconter une histoire, elle attire la lumière sur un fait de société. Xavier-Laurent Petit avait d’abord écrit l’histoire du jeune Ciprian sous forme de roman jeunesse avant de l’adapter en bande dessinée.

  • "Le fils de l’Ursari", Petit, Pomès et Merlet
  • Note: 4/5 
  • Rue de Sèvres
  • 128 p.
  • 16 euros

Ciprian est un jeune Rom. Son père est montreur d’ours sur les foires et les marchés. Nomades par obligation mais aussi par nécessité, rejetés souvent par les populations locales qui ne voient dans ces Roms que des voleurs et des fauteurs de troubles. Des parias dans leur propre pays. Alors, quand, au fond du trou, on leur fait miroiter un avenir meilleur en France, la famille n’hésite pas. Pour Ciprian, ses parents et sa sœur commence alors l’enfer de ces mafias qui forcent les enfants au vol à la tire, louent des bébés pour que la mendicité marche mieux….

"Je n’avais pas de légitimité particulière pour aborder un tel sujet. Si ce n’est que je suis un flâneur parisien et que comme tout le monde je croise des familles de ces Roms sur les trottoirs des grandes villes, hiver comme été. En m’y intéressant davantage, j’ai découvert le mécanisme de la Comata, cette mafia Rom qui les exploite la plupart du temps", précise Petit.

En m’y intéressant davantage, j’ai découvert le mécanisme de la Comata, cette mafia Rom qui les exploite la plupart du temps.
Xavier-Laurent Petit

Spirale infernale

Une spirale infernale: payer pour traverser la moitié de l’Europe, payer pour un bout de terrain misérable dans un bidonville sur les bords du périph, payer pour l’électricité piquée sur le réseau public, payer pour louer un bébé dans l’espoir de mendier plus d’argent pour payer, voler pour payer les amendes de retard, voler encore…

Ils sont rejetés partout. Alors qu’ils sont sédentaires normalement, les circonstances les poussent souvent sur les routes.
Xavier-Laurent Petit

À force de lecture d’articles ou de reportage, ou via les associations d’aide, Petit se plonge dans cette communauté très fermée. "Ils sont rejetés partout. Alors qu’ils sont sédentaires normalement, les circonstances les poussent souvent sur les routes. Et de nationalité roumaine, ils ne peuvent généralement pas prétendre au statut de migrants en Europe, puisqu’ils sont Européens!"

L’histoire, conçue comme un roman jeunesse primé en 2017, a une morale positive bien entendu. Au gré de ses pérégrinations dans Paris, à la recherche d’une poche à vider, Ciprian découvre le monde des échecs via les joueurs du Jardin du Luxembourg. "Madame Baleine" le prendra progressivement sous son aile pour faire naître son formidable talent de joueur. Le coup du sort favorable.

"Cette ‘madame Baleine’, c’est un peu la personnification de tous ces bénévoles, en association ou pas qui viennent en aide aux réfugiés et aux migrants", explique Petit. Le récit est touchant et délicat. Parce que ces rejetés sont d’abord des personnes, souvent belles.


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