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Des fouille-merde à Clochemerle

L'auteur et politoloque Giuseppe Santoliquido. ©Doc

Dans un village du sud de l'Italie, une jeune fille disparaît, et, avec elle, une certaine culture de la communauté. C'est "L'été sans retour" de Giuseppe Santoliquido, chez Gallimard

Quinze ans ont passé, le narrateur, incrédule et meurtri, revient sur des faits qui ont laminé sa famille et son village natal. Elevé par un père de substitution aussi taiseux, humble, que soumis à sa femme et à sa terre, il a vu l'innocence souillée par les eaux amères.

Au moment de la disparition de sa cousine de quinze ans, Chiara, belle comme le jour, un couvercle a sauté et libéré parmi ces gens sans histoire, le venin des ragots et l'aigreur d'une jalousie dévastatrice comme une coulée de lave. Lui-même fut atteint dans son intimité étalée au grand jour. Depuis, il vit en marge, exilé de l'intérieur. «Rien ne subsiste du souvenir de certains êtres hormis les vices de leurs âmes étroites, comme si la mémoire, comptabilisant leurs lâchetés, n'admettait aucune atténuation aux fautes qu'ils ont commises.»

«Rien ne subsiste du souvenir de certains êtres hormis les vices de leurs âmes étroites, comme si la mémoire, comptabilisant leurs lâchetés, n'admettait aucune atténuation aux fautes qu'ils ont commises.»

Qui a tué Chiara? Est-ce cet oncle? Sont-ce les jeunes gens avec lesquels elle traînait dans l'unique bistrot? Sa famille va s'entre-déchirer sous l'œil de la télévision italienne venue camper 24 h sur 24 dans la cour de la petite ferme. 

D'un faits-divers réel, Giuseppe Santoliquido compose une fresque romanesque tragique et cruelle à la Giono. Derrière ce crime, il en pointe un plus vaste encore, l'assassinat d'une civilisation et d'une tradition sociale d'entraide et de rencontres, qui soudait une communauté. Qui a tué Chiara dans ce paradis champêtre? L'ennui d'une jeunesse sans espérance ou l'idéal médiocre que la télé leur fait miroiter?

Harmonie en sursis

La grande beauté du texte de Giuseppe Santoliquido saisit toute l'ampleur du désastre dans cette harmonie en sursis d'un paysage devenu indéchiffrable autant qu'ingrat. Dans ces champs façonnés par des gestes au savoir-faire perdu, s'ouvre le fossé dans lequel va tomber Chiara relookée en poupée Barbie. Et Victor Hugo émerge de ces pages crépusculaires qui accusent l'ignorance entretenue, le cynisme orchestré et l'obscénité d'une sous-culture qui alimente les plus vils instincts.

Giuseppe Santoliquido, né à Liège, est politologue et fin connaisseur de la politique italienne. Il est aussi écrivain en pleine maturité avec ce troisième roman, toujours attentif aux gens dits ordinaires, aux anonymes que le travail asservi, que la solitude ou le désœuvrement entament, désaxent puis abandonnent à leur sort.

D'un faits-divers réel, Giuseppe Santoliquido compose une fresque romanesque tragique et cruelle à la Giono.

La mort d'une innocente révèle des maux sournois. Ce qui se «réglait à la sacristie ou dans le bureau de la mairie» passe désormais en prime time dans tous les foyers, et les commentateurs mènent l'enquête à la table de la cuisine de parents éplorés.

Giuseppe Santoliquido montre la perversité de ces jeux du cirque. N'ont-ils pas alimenté l'erreur judiciaire, poussé au mensonge des témoins grisés d'être sous les feux des projecteurs? La laideur niche dans un écrin de verdure, et tous sont atteints, jusqu'aux enfants devenus délateurs et justiciers...

Roman

«L'été sans retour»
Giuseppe Santoliquido

Gallimard, 263p., 20 euros

Note de L'Echo: 4/5

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