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Des mémoires au goût amer

George W. Bush revient sur les moments importants, et controversés, de sa présidence.

Depuis son départ de la Maison-Blanche, le 21 janvier 2009, George W. Bush s'était montré relativement discret. Après huit années tumultueuses dans la capitale américaine, il désirait se tenir le plus éloigné possible de ce qu'il décrit comme le "marécage" politique de Washington. La publication de ses mémoires, "Instants décisifs" (chez Plon pour la version française dès ce mercredi), le remet sous les feux de la rampe. Personne n'a oublié… Deux guerres, l'emploi de la torture et des écoutes téléphoniques, Katrina, et cerise sur le gâteau, il a plongé les Etats-Unis dans une des pires récessions économiques de l'histoire. Ces faits d'armes parlent d'eux-mêmes. Pourtant, au moment d'évoquer le pire moment de sa présidence, "W" sidère tout le monde en évoquant une petite vexation personnelle. Sa plus grande déception en tant que président: avoir été taxé de racisme pendant la tragédie de Katrina par le rappeur Kanye West, qui l'a accusé en direct à la télévision "de ne pas se soucier des noirs". "Insinuer que je suis un raciste car j'avais mis trop de temps à mettre un plan d'action en place a été l'un des moments les plus écœurant de ma présidence", a expliqué George Bush lundi soir lors d'une interview avec le journaliste de NBC, Matt Lauer. Interloqué, ce dernier a alors renchéri: "Comment pensez-vous que le peuple américain va réagir en lisant cela? Vous dites que le pire moment de votre présidence n'a pas été de voir la misère et la tragédie dans lesquelles étaient plongés les gens de la Nouvelle-Orléans mais d'avoir été accusé de racisme?" Stoïque, ne prenant pas la peine de réfléchir, le 43ième président rétorque: "J'ai été tout autant touché par ces deux événements!". Les morts en Irak et Afghanistan? Les victimes de la récession? Cela ne l'a pas empêché de dormir.

accueil mitigé

Les écrits du 43ième président ont pour l'heure reçu un accueil mitigé aux Etats-Unis. Le critique du Washington Post, Jonathan Yardley, en fait un résumé simple: "Ces livres ont tous le même but. Tenter d'humaniser leur auteur et le rendre plus sympathique aux yeux du public". Après avoir parcouru ces 500 pages introspectives sur la vie de "W", il est toutefois difficile de dégager de la sympathie à l'égard d'un homme considéré par bon nombre d'experts comme le pire président de l'histoire des Etats-Unis. Ce n'est pourtant pas faute d'essayer. Le livre est axé autour de 14 décisions importantes, avec pour point de départ sa décision d'arrêter de boire, sans laquelle il n'aurait sans doute jamais été au pouvoir. Un matin, sa femme Laura lui demande s'il se souvient du dernier jour où il n'a pas consommé d'alcool. Bush raconte alors un quotidien agrémenté de verres de bourbon, de bières, de cocktails au Brandy et de multiples Martini. Après une folle bacchanale pour son 40ième anniversaire en 1986, il décide d'arrêter net. Il n'a plus touché une goutte d'alcool depuis.

 

Il revient ensuite sur sa réaction lors des attentats du 11 septembre 2001, quand la conseillère à la sécurité nationale, Condoleezza Rice, lui a appris qu'un troisième avion venait de s'écraser sur le Pentagone. "Je me suis assis dans mon siège et j'ai absorbé ces informations. Mes pensées se sont clarifiées: le premier avion aurait pu être un accident. Le second était définitivement une attaque. Le troisième était une déclaration de guerre. Mon sang bouillait. On allait trouver les auteurs et leur botter le cul! Ce matin-là, l'objectif de ma présidence était des plus clairs, je devais protéger notre liberté qui avait été attaquée."

 

Bush parle de la guerre en Iraq — il dit avoir été "une voix dissidente", avant de finalement se rallier au recours à la force — et reconnaît avoir été ensuite écoeuré par le fait que des armes de destructions massives n'aient jamais été trouvées en Irak. "J'ai envoyé les troupes au combat sur la base d'informations qui se sont révélées fausses". S'excuse-t-il pour autant? Pas du tout. Il justifie tout au nom de la sécurité nationale, notamment l'utilisation contre des prisonniers terroristes de la technique illégale d'interrogation du waterboarding, ou simulation de noyade, associée à de la torture. "J'ai approuvé le waterboarding car notre conseiller juridique nous a dit que c'était légal, a expliqué Bush, un tantinet énervé. Je ne suis pas homme de loi… Utiliser ces techniques a sauvé des vies. Mon travail était de protéger les Etats-Unis et je l'ai fait." Le journaliste de NBC lui a alors demandé comment il réagirait si le waterboarding était utilisé contre des soldats américains. Bush n'a pas répondu: "Je demande juste aux gens de lire le livre." A voir. L'Amérique a-t-elle vraiment envie de revivre cette période de son histoire? l

 

Elodie Perrodil,

 

à Washington

 

 

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