Deux météores ouvrent leur librairie dans les Marolles

Les frères Renaud-Selim (à g.) et Timour Sanli devant Météores, leur future librairie-café dans les Marolles. ©saskia vanderstichele

Après avoir animé le Festival des littératures indépendantes belges, fin 2019, Renaud-Selim Sanli et son frère Timour (collaborateur de L'Echo) sautent le pas et ouvrent Météores, le 19 septembre, leur librairie-café qui fourmille déjà d'initiatives littéraires et culturelles.

On retrouve Renaud-Selim et Timour au croisement de la rue Blaes et de la Pieremans "strotje", la plus bruxelloise des rues des Marolles. Ils viennent de fermer le volet de fortune de Météores, leur nouvelle librairie dont il ne manque plus que les livres dans les rayonnages et les bacs de bière derrière le comptoir. Ils saluent le marchand qui jouxte leur future échoppe, discutent le coup avec un gars qui fait la manche à côté du distributeur Fortis de la place du Jeu de Balle, "qui ne marche qu'une fois sur dix", et sont appelés "mes enfants" par la tenancière d'un bar où ils finissent par échouer, à l'angle de la rue Haute.

Ils ont 29 ans (pour Renaud-Selim) et 26 (pour Timour), et ils connaissent déjà tout le monde dans ce quartier dont ils ont aimé la vitalité l'an passé, lorsque, dans le futur espace qu'ils allaient investir, ils animaient pendant 3 mois le Festival des littératures indépendantes belges (Flib), qui regroupe 50 petites maisons d'édition du pays (relire notre article du 20/9/19).

Une expérience haute en couleur qui les a convaincus de sauter le pas et d'ouvrir leur propre librairie, ou plutôt leur librairie-café. "Ça nous a plu de voir les gens venir, s'asseoir pour boire une bière et discuter avec nous, feuilleter les livres, les reposer ou les acheter", explique Timour. Son frère abonde: "Il y a de plus en plus de gens dans notre entourage qui veulent un point de rencontre. Or, les lieux où on se rencontrait ferment les uns après les autres. Là, les gens nous disent: 'C'est dingue!, on va de nouveau avoir un point de chute!' Moi, je voulais la librairie de mes rêves, un endroit où on voit des gens." Timour complète: "Il y aura aussi une activité culturelle. Nous aurons déjà deux à trois événements par semaine jusqu'en décembre pour animer Météores."

La librairie, miroir d'une ville

Quand Renaud-Selim débarque dans une ville, la première chose qu'il fait, c'est de cartographier les librairies. "Moi, c'est les bars!", s'esclaffe Timour. "Les librairies dans une ville donnent tout de suite une idée de son ambiance", reprend Renaud-Selim plus sérieusement. Et le moins que l'on puisse dire, c'est que le quartier ne manque pas d'offres littéraires, avec quatre librairies indépendantes et deux bouquinistes du côté du Parvis de Saint-Gilles, à un jet de pierre de Météores. "On peut passer une après-midi à flâner de l'un à l'autre, car chacun a une offre singulière."

"Moi, je voulais la librairie de mes rêves, un endroit où on voit des gens."
Renaud-Selim Sanli
Libraire

Celle des frères Sanli s'est faite "aux affects" après avoir épluché tous les catalogues et contacté tous les distributeurs avec des réponses variables en fonction de leur taille. Gallimard n'a pas encore baissé le pont-levis, malgré un siège de 5 jours... "On a besoin d'eux pour faire rentrer des livres que les gens connaissent. Et il y a des trucs bien chez P.O.L., Grasset ou Gallimard", poursuit Renaud-Selim. "Mais notre but, c'est de travailler avec des diffuseurs et des maisons d'édition qui veulent collaborer avec de petits libraires, sur des sujets précis. Pas forcément des livres de niche, mais pas du Elena Ferrante ou de l'Amélie Nothomb."

"Nous aurons déjà deux à trois événements culturels par semaine jusqu'en décembre pour animer Météores."
Timour Sanli
Libraire

"Mais on pourra toujours les commander! On ne veut pas être méprisant par rapport à l'offre mainstream", corrige Timour. "Après, on se permet de prendre la 'Théologie messianique' de Walter Benjamin...", poursuit son frère, amusé. "On sera dans une proportion de 20/80, avec, en plus, des Folios et des classiques comme Dostoïevski, qui font partie de notre univers."

Littératures engagées

Les sciences humaines "philosophantes" seront également bien représentées par ces deux philosophes de formation. "Pas des ouvrages universitaires, mais des essais et une bonne sélection de maisons d'édition rigoureuses." Timour embraie: "En littérature, ce sera plutôt du contemporain, avec peu d'auteurs précédant le XXe siècle."

Des auteurs qui traduisent l'urgence du temps, concluent-ils en enchaînant les punchlines: "Pour rendre compte de l'apocalypse en cours, avec une lumière d'espoir", "avec un pessimisme organisé, pour paraphraser Benjamin", "pour résister au bord du gouffre, mais avec joie." Tout un programme!

Inauguration

Quand? Samedi 19 septembre.
Nouvelle édition du Festival des littératures indépendantes (Flib), de la mi-octobre à la mi-décembre.

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