Duel à trois

©Casterman

Après Aile Froide, qui racontait sa passion pour la montagne, Jean-Marc Rochette reste dans ses sommets avec une fiction universelle sur le combat sans fin entre l'homme et la nature. Un combat empreint d'un profond respect.

Il y a l’homme qui croit devoir défendre son bien. Il y a l’animal, le loup craint et haï. Et puis il y a la montagne que l’un comme l’autre croit connaître, mais qui fixe les règles de ce jeu mortel.

D’un côté il y a Gaspard, berger montagnard. Il a perdu son fils en opération au Mali. Plus rien ne le retient parmi les hommes. Alors il se retire dans la montagne, coupé du monde quatre mois par an, avec pour seule compagnie son chien en hiver et ses moutons le reste du temps. Gaspard ne parle pas ou si peu. Un peu à son chien, un peu à Mathilde la factrice, un peu à son verre de gnôle et aux gens qui sont autour. À la montagne, beaucoup.

De l’autre, il y a le loup. Comme un mythe. Mais un mythe qui vient de temps à autre prélever son écot, son dû, comme s’il avait droit à sa part sur ce que l’homme prend à la montagne. Mais "le berger et le loup, ce n’est pas fait pour être ensemble", dit Gaspard. Et quand Gaspard tue la louve qui lui a pris 50 de ses brebis et agneaux, il laisse un louveteau orphelin qui deviendra son meilleur ennemi.

Un auteur lui aussi coupé du monde

En arbitre de ce combat ancestral, il y a la montagne, puissante et impitoyable avec l’un comme avec l’autre, qui impose ses règles et le respect. Et dont les hommes et les animaux ne sont finalement que les pions.

Le Loup, Rochette
  • Note : 4/5
  • Casterman
  • 112 p.
  • 18 euros

Cette montagne brutale et magnifique, Rochette la connaît. Il la vit au quotidien, dans les alpages où il dessine, lui aussi coupé du monde quelques semaines d’affilée, dans un hameau dont il est la dernière âme. C’est le cadre qu’il donne à son récit universel. Celui d’un duel à mort, mais dans lequel la haine se transforme en un profond respect. On y retrouve les mêmes accents de violence et de beauté que dans le "Vieil homme et la mer" ou dans "Moby Dick".

L’homme se lance à la poursuite de l’animal, celui-là même qu’il a laissé vivre quelques mois plus tôt, "parce qu’il était trop petit, trop faible…". Dans son infinie vanité, le duelliste voulait un adversaire à sa mesure! L’animal joue avec lui, l’attire où il veut, sur son territoire, au plus profond de la montagne. Mais c’est la montagne qui fixe les règles et qui détermine qui doit mourir et quand. Ce n’est ni l’homme ni l’animal.

©Casterman

Dans les immensités du massif des Écrins, Rochette parvient à mettre en place un huis clos étouffant et angoissant. Même si l’on comprend rapidement quels seront les protagonistes de cette confrontation, la tension monte progressivement pour atteindre son paroxysme dans la folie de l’homme et des éléments.

Pour narrer ce récit avare de dialogues, Rochette se fait conteur. Par ses dessins à l’encrage puissant, tout en contrastes violents, mais aussi par ses textes factuels et sans artifices. La juxtaposition des deux, complémentaire et jamais redondante, ajoute encore à la violence et à la cruauté de ce combat sans vainqueur. Si ce n’est la noblesse de la nature.

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