Publicité

Eichmann à Téhéran

Le Nazi Adolf Eichmann, le premier jour de son procès devant la Cour d'Israël, le 11 avril 1961. ©AFP

Édité à vingt-deux reprises depuis sa parution il y a un an, la traduction en persan d'"Eichmann à Jérusalem", de Hannah Arendt, anime les cercles intellectuels et artistiques en Iran.

"La pensée et la réflexion d'Arendt, sa prise de conscience, doivent nous éclairer sur l'importance de garder l'esprit éveillé, actif."
Zahra Shams
Traductrice de "Eichmann à Jérusalem. Rapport sur la banalité du mal", de Hannah Arendt

"La seule chose qui peut nous aider est de réfléchir. Tout ce qui se passe doit être soumis à un examen critique", Hannah Arendt, 1963.

C'est en substance ce qu'a voulu faire Zahra Shams lorsqu'elle s'est lancée, soixante ans après sa publication, dans la première traduction en persan de ce rapport sur la "banalité du mal", thèse développée par Arendt pour comprendre l'effondrement moral des personnes ordinaires, ces exécutants de l'ordre criminel nazi et principaux complices de "ce qui n'aurait jamais dû arriver", l'Holocauste. 

"L'objectif de cette traduction est surtout de provoquer le débat", nous dit Zahra Shams. "Les questions politiques et historiques soulevées dans ce livre nous amènent à réfléchir sur notre situation actuelle. La pensée et la réflexion d'Arendt, sa prise de conscience, doivent nous éclairer sur l'importance de toujours garder l'esprit éveillé, actif." 

La "banalité du mal" en Iran

Pour expliquer le succès du livre, le quotidien Le Monde évoque fait un parallèle entre l'Allemagne nazie et la république islamique, une analogie entre la personnalité d'Adolf Eichmann et celle d'Ebrahim Raïssi, le nouveau président iranien.

"En Iran, c'est très dur d'accepter qu'on a une part de responsabilité dans ce qui nous arrive."
Un observateur à Téhéran

"En Iran, c'est très dur d'accepter qu'on a une part de responsabilité dans ce qui nous arrive", explique un observateur depuis Téhéran. "C'est plus facile à comprendre et à accepter que tout le mal qui existe vient d'en haut, de l'État. Je ne nie pas les problèmes du système iranien qui n'est pas démocratique, mais je dis que ce système représente la société iranienne. Les systèmes politiques sont le résultat de systèmes sociaux, et non l'inverse." 

Phénomène de mode cantonné aux cercles restreints? Nouvel orientalisme intellectuel? "Incroyable succès"? Quoiqu'il en soit, cette nouvelle traduction raisonne, résonne et nourrit un patrimoine intellectuel persanophone déjà profondément imbibé de la pensée d'Hannah Arendt (dont la judéité fait par ailleurs écho aux 2.700 ans d'histoire commune entre Juifs et Iraniens) et de la science politique occidentale en général.  

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés