Erri De Luca, invité d'honneur de la Foire du Livre

©AFP

Du 6 au 16 mai, la Foire du Livre de Bruxelles invite les auteurs chez vous virtuellement pour des rencontres réelles. Erri De Luca (1950), vigilant poète, est invité d'honneur.

Grand lecteur, il écrit lui-même sa dette à ceux qui l'ont précédé. «Le remède obligatoire et immunitaire reste la lecture des livres du monde. Je leur dois d'être porteur de citoyennetés variées et de fraternité européenne.» (Tracts n°2-Gallimard). Il se dit redevable des poètes, comme nous lui sommes aujourd'hui redevable d'ajouter son chant à celui d'Homère, son cri à celui de Mandelstam, mort au Goulag en récitant Pétrarque. «J’ai été incité à la littérature par la poésie du XXe siècle. C’était la seule forme à la hauteur du siècle le plus meurtrier, carcéral et migratoire de l’histoire humaine».

Ces jours-ci paraissent ses poèmes, «Aller simple» suivi de «L'hôte impénitent», en version bilingue, l'italien et le français en vis-à-vis, pour avoir la sonorité et la lettre. Ses fidèles lecteurs savent que son œuvre («Montedidio», «La parole contraire», «Impossible»,...) revient toujours à l'essentiel, à l'enfance, aux années formatrices de sa conscience révolutionnaire, forgée aux côtés des ouvriers, dont il fut. Sa main garde la trace de l'outil jusque dans l'écrit; puissante, économe, fuyant l'ornementation.

Solitaire Solidaire

Solitaire solidaire, farouchement humaniste, Erri De Luca se dresse toutes les fois que ces valeurs sont bafouées, que d'aucuns s'approprient le bien commun. Pourtant, vous ne trouverez nul poème militant sous sa plume, d'une calme clameur.  «Nous apportons Homère et Dante, l'aveugle et le pèlerin, l'odeur que vous avez perdu, l'égalité que vous avez soumise.» Son chant se calque sur le pas millénaire des chassés de toujours par la misère, par les guerres, qui aujourd'hui s'échouent sur les plages d'Italie ou sombrent sans que l'Europe ne s'en émeuve.  Toujours, De Luca se place aux côtés des vaincus, préfère David à Goliath, Don Quichotte aux condottieres.

«L'humanité sera rare, métisse, bohémienne et elle ira à pied. Elle aura pour butin la vie, la plus grande richesse à transmettre à ses fils.»
Erri De Luca
Auteur

Sa poésie est lumineuse, fraternelle, souple, malicieuse; elle convie à sa table les poètes disparus, «absents» dit-il, les résistants croisés à Sarajevo ou ailleurs. Elle exhume les mineurs ensevelis, les oubliés anonymes, les aimées quittées. «Miséricorde», «compassion», surgissent dans ses lignes nourries aux textes grecs, hébraïques, autant qu'à la fièvre des poètes russes, Marina Tsvetaïeva ou Akhmatova, broyées par Staline.

Conscience, humilité, salut à la beauté et au courage sont au cœur du bois dont sont fait les vers d'Erri De Luca; ils font chœur avec tout qui est menacé, humain, animal, terre. Lui, se dit «hôte impénitent» de la vie, de l'amour, de sa propre solitude dans un «mélange d'affection, d'indignation, d'élan».

Son «Sermon» est viatique pour qui chute et désespère; «vis en aventureux comme font les saints, les cigognes, vis en desséché comme fait l'herbe en cas de sécheresse, elle se blottit sous terre pour renaître sous l'averse.» «L'Après», Erri De Luca le rêve encore, revenu aux commencements, «l'humanité sera rare, métisse, bohémienne et elle ira à pied. Elle aura pour butin la vie, la plus grande richesse à transmettre à ses fils».

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés