Et si la ville était le creuset de toutes les inventions?

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Après "Géopolitique du moustique" (Fayard, 2017), construit comme un roman policier dont le tueur serait ce redoutable insecte, Erik Orsenna poursuit son exploration de la mondialisation avec la complicité de l’architecte et paysagiste Nicolas Gilsoul.

Allusion aux "Villes invisibles" d’Italo Calvino, "Désir de villes" part du constat suivant: il y a aujourd’hui 65 millions de personnes qui vivent en ville, soit la moitié des terriens! D’ici quinze ou vingt ans, ce seront les deux tiers. Loin de dresser un portrait cauchemardesque de cette situation, Orsenna et Gilsoul explorent l’incroyable multiplicité de nos cités, de la France au Japon, de la Finlande à Jakarta, pour terminer en se posant la question de la "bonne ville", celle qui serait, disent-ils, "serviable, attractive et textile" et capable de répondre aux défis qui se poseront dans les décennies à venir.

Car toutes les grandes questions humaines se condensent dans les problématiques urbaines, et la ville, dans la continuité du vivant, porte en elle nos pires cauchemars comme nos plus belles inventions: elle reflète toute la barbarie dont est capable l’humanité, mais aussi toute l’inventivité de notre civilisation.

À l’instar de toutes les espèces vivantes, la ville ne cesse de muer, d’évoluer, de se transformer: Orsenna et Gilsoul en donnent des exemples à revendre, allant de la "ville terrier" qui se développe sous le niveau du sol comme à Helsinki, à la "ville canopée" et ses tours végétales dépolluantes, en passant par la "ville Lego" comme à Ramallah ou à Tokyo, centre nerveux de la plus longue mégalopole au monde, Taiheiyo Belt (105 millions d’habitants coincés sur un territoire s’étirant sur toute la côte est du Japon, et où se développent des tours de plus de 400.000 habitants!).

Opérant une classification très subjective pour survoler pas moins de 200 villes, les deux auteurs évoquent de nombreuses problématiques brûlantes comme celles de l’eau, des déchets et de la pollution mais, sautant d’une ville à l’autre, ils donnent souvent l’impression de ne pas aller au fond des choses: autant de bonnes idées formulées en quelques lignes à peine, comme on sauterait d’un avion à l’autre au cours d’un trop rapide tour du monde. On aurait aimé que le propos ait davantage de profondeur; à défaut, cet essai tient finalement plus de la promenade que de l’investigation.

"Désir de villes, petit précis de mondialisation V", Erik Orsenna et Nicolas Gilsoul. Éd. Robert Laffont, 288 p.,20 euros. Note: 2/5.

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