interview

Fabrice Humbert remporte le Prix Filigranes 2020

L'auteur français Fabrice Humbert. ©AFP

Pour son huitième roman, Fabrice Humbert a choisi une petite ville américaine comme théâtre d’illusion. "Le monde n’existe pas" remporte la 5e édition du Prix Filigranes. La somme de 15.000 euros sera remise à l’auteur français ce lundi. Interview en primeur!

«Je suis très content de recevoir le Prix Filigranes! Je trouve que l’organisateur, Marc Filipson, a une énergie folle. Et je suis vraiment heureux de venir le recevoir lundi, d’autant plus que j’aime beaucoup Bruxelles!» Il y a du sportif en Fabrice Humbert. Un homme qui sait bien renvoyer la balle en interview. Et ses connaissances de cinéphile – qui foisonnent dans son nouveau roman – ne sont pas celles d’un snob puisqu’il reconnaît un réel intérêt pour les films de Jean-Claude Van Damme. Ce genre d’intello parisien séduisant – aussi à l’aise quand il s’agit d’évoquer Kant ou Victor Hugo – nous amène dans «Le monde n’existe pas» à nous interroger sur le champ du réel miné par les fake news.

Roman

"Le Monde n’existe pas"

Fabrice Humbert, Gallimard,
247 p., 19 euros.

♥ ♥ ♥

Pourquoi avoir choisi un journaliste comme personnage principal dans "Le Monde n’existe pas"?

Le journaliste, dans la mythologie dont il est question ici, c’est celui qui essaie de montrer la vérité et, en même temps, il y a tout un barnum médiatique qui peut être une confusion pour la vérité. Ce qui est regretté par bon nombre de journalistes, c’est que l’information est devenue un tourbillon gigantesque où parfois, la vérité se perd. Je ne suis pas journaliste mais j’avais été envoyé aux États-Unis, dans le Dakota du Nord, pour un reportage sur le pétrole de schiste et certains éléments de cette expérience reviennent dans le roman.

La particularité de votre roman, c’est qu’il est à cheval sur l’essai sociologique et philosophique.

J’essaie toujours de mélanger l’écriture narrative avec l’écriture argumentative. Ce sont deux écritures qui ne se marient pas si mal. Hugo et Musil l’ont pratiqué. On le pratique moins, aujourd’hui, parce qu’on a peur d’être trop dans l’argumentation.

J’étais frappée que vous citiez le personnage de Robert Redford dans "The Way We Were" pour décrire Ethan, le présumé coupable et ami de jeunesse d’Adam, votre journaliste.

Robert Redford est un acteur formidable, pas seulement par le talent. Il dégage quelque chose de très fort dans sa personnalité même. Il représente toute une époque. Ce personnage dans «The Way We Were» m’a marqué parce qu’il semble, en apparence, avoir toutes les réussites et en réalité, il se sent un imposteur. À la fin, il trahira tous ses idéaux. Curieusement, je m’étais souvent dit que je finirais comme lui. Et pas du tout! (Rires). Et puis, surtout dans le domaine de l’art, on a tous toujours un sentiment d’imposture. Mais le temps est un grand médicament et ce sentiment a disparu.

«Au fond, un complotiste, c’est une espèce de scénariste qui réinvente la réalité en suivant ses propres modes.»
Fabrice Humbert
Auteur

Les références cinématographiques et littéraires sont abondantes dans votre roman. Voyez-vous autant de films que vous lisez de livres?

Oui, mais je vois plus de mauvais films. Alors que je ne lis pas de mauvais livres. Cependant, les mauvais films ne me gênent pas. J’aime les films d’action même s’ils ne sont pas bons. En revanche, dès qu’un livre est mal écrit, j’arrête. Je suis un grand fan de Jean-Claude Van Damme. Le personnage est savoureux. J’ai fait beaucoup de sports de combat et de boxe française ce qui explique sans doute ça.

Dans la seconde partie de votre livre, vous traitez de la machine médiatique, de l’industrie du fake et du complotisme. Est-ce que tout cela s’imbrique?

On vit dans une société de l’illusion avec cette idée que le monde est un film. On a tellement de possibilités pour créer l’illusion que tout peut très bien être faux. J’ai peut-être une fascination pour le faux. L’idée que le monde est un théâtre m’a toujours fascinée. Un film comme «The Truman Show» montrait bien cela. Les fake news et les complots sont troublants eux aussi. Au fond, un complotiste, c’est une espèce de scénariste qui réinvente la réalité en suivant ses propres modes.

Fabrice Humbert chasse la désinformation - Extrait

Le réel, où se trouve-t-il aujourd’hui?

Il y a une réalité qui existe et dont il faut prendre soin. Et c’est au réel qu’il faut s’attacher. Cela ne veut pas dire que l’illusion soit forcément négative. Moi, je la vis au travers des films et des livres. Mais cela ne me cache pas le monde. L’homme a véritablement besoin d’illusions. Je pense que toute notre évolution et notre progrès, c’est d’avoir tout le temps des rêves et des illusions qu’on transforme en réalité. Il ne faut pas se dissimuler la réalité mais en profiter tout simplement.

«J’ai peut-être une fascination pour le faux. L’idée que le monde est un théâtre m’a toujours fascinée.»
Fabrice Humbert
Auteur

Êtes-vous actif sur les réseaux sociaux?

Très peu. Pour une raison de temps, notamment. J’ai vu que l’activité moyenne y était d’environ une heure treize par jour. Je ne vois pas comment je mettrais cela dans mon emploi du temps.

Quelle est la piste de votre prochain roman?

Ce sera un court essai sur la parole politique. Tous mes livres sont toujours un peu politiques.

Que nous conseilleriez-vous comme lecture?

«Térébenthine» de mon amie Carole Fives.

Le Prix Filigranes dans L'Echo

À la veille du Prix Filigranes 2020, L’Echo, partenaire de l’événement, vous propose chaque jour la critique de l’un des 7 livres en lice. 

  1. Jeudi 10/9: "Sexy Summer", de Mathilde Alet
  2. Vendredi 11/9: "Mémoire de soie", d'Adrien Borne
  3. Samedi 12/9: "La Demoiselle à cœur ouvert", de Lise Charles
  4. Mardi 15/9: "À vendre ou à louer", de Valentine de le Court
  5. Mercredi 16/9: "Le Monde n’existe pas", de Fabrice Humbert
  6. Jeudi 17/9: "La Race des orphelins", d’Oscar Lalo
  7. Vendredi 18/9: "Le Métier de mourir", de Jean-René Van der Plaetsen
  8. Samedi 19/9: Interview du Prix Filigranes 2020

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés