"Faire partie de quelque chose d'important pour la santé des femmes"

Avec "Le chœur des femmes", Aude Mermilliod poursuit son travail sur la prise de conscience de la place de femme, ici face à la médecine.

Dans "Il faut que je vous dise!", cri militant pour la cause de l'avortement, Aude Mermilliod avait déjà abordé sa relation professionnelle avec Martin Winckler. Le médecin, auteur du "Chœur des femmes" notamment, l'avait accompagnée et aidée dans la manière de mettre en texte et en image l'expérience de son propre avortement.

Quand une éditrice du Lombard a proposé à Aude Mermilliod d'adapter en BD le docu-roman de Winckler, la première réaction de l'autrice fut assez réservée. "Cela pouvait faire une suite naturelle, mais cela pouvait aussi faire beaucoup sur le même sujet..." estimait-elle.

Avant de relire le roman avec le travail d'adaptation en tête. "Winckler a voulu transmettre son expérience de médecin sur la manière dont les femmes vivent les examens gynécologiques. Si bénins, mais tellement intrusifs et intimes. Après relecture, cela me semblait important de faire partie de ce travail important pour la santé et le respect des femmes." L'adaptation de ce roman en BD, dans la foulée de "Il fallait que je vous dise..." s'imposait finalement comme une continuité de son travail militant pour la cause féminine.

Dans le roman original, Martin Winckler retranscrit les témoignages de femmes face à leur gynéco: contraception, envie ou non de maternité, violences conjugales ou gynécologiques, avortements... Des événements qui peuvent paraître bénins, banals, mais ô combien intimes et délicats pour celles qui les vivent. Entre ses deux personnages principaux, le docteur Karma, gynéco sensible et à l'écoute et sa jeune stagiaire Jean, se tisse une relation tendue au départ qui évolue vers une admiration mutuelle. Mue par la même prise de conscience de l'importance de l'écoute dans le travail du praticien.

Le Choeur des femmes

Aude Mermilliod, d'après le roman de Martin Winckler, Le Lombard, 240 p., 22,5 EUR

*****

"Ce sens de l'écoute est sans doute la base du roman et c'est ce qui lui donne toute sa sensibilité. C'est une notion presque universelle qui dépasse pourtant largement la relation entre le médecin et son patient. Mais on apprend aux jeunes médecins à avoir du pouvoir sur leur patient, celui du savoir!"

Au contraire, le docteur Karma cherche à détruire ce rapport hiérarchique, à se mettre à la hauteur de ses patientes pour comprendre et tenir compte de leur ressenti. Avec une sensibilité délicate qu'il s'efforce d'inculquer à sa stagiaire.

"Le sens de l'écoute est une notion presque universelle. Mais on apprend aux jeunes médecins à avoir du pouvoir sur leur patient."
Aude Mermillod
Autrice

Aude Mermilliod reste fidèle au roman de base dans sa construction. Tout au plus l'a-t-elle un peu allégée dans ses parties poétiques plus difficiles à rendre en dessin. Son personnage de Jean, jeune fille androgyne, pétrie de certitude, volontaire et têtue est touchant de fragilité cachée. "Winckler ne la décrit pas vraiment physiquement. Je voulais la rendre touchante malgré la carapace dont elle se recouvre. Faire en sorte que l'on doute de son genre durant les premières pages", confie Mermillod.

L'autrice parvient à faire passer beaucoup d'émotion dans ce chœur de femmes qui se confient. Son dessin, épuré, évite le piège dépersonnalisé de la ligne claire. Au contraire, ces femmes sont vraies, identifiables dans toutes leurs simplicités et toutes leurs émotions.

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