Fin de l'histoire pour Sandawe

©RV DOC

L’éditeur de BD financé via le crowdfunding s’est mis en liquidation sous l’effet d’un marché devenu trop dur et une programmation trop disparate.

On referme toujours un livre avec une pointe de regret. Le sentiment est plus vif encore pour Patrick Pinchart en inscrivant les trois lettres FIN au bas de l’histoire de Sandawe. L’éditeur de bandes dessinées, exclusivement financé via le crowdfunding, a décidé de cesser ses activités et s’est mis en liquidation.

Lancé début 2010 par Patrick Pinchart, ancien rédacteur en chef de Spirou, Sandawe faisait figure d’ovni dans le monde de l’édition déjà en pleine consolidation. Son modèle économique reprenait celui de certains éditeurs de musique, comme MyMajorCompany notamment, uniquement basé sur le financement participatif.

"Les contrats d’édition deviennent de plus en plus durs avec les auteurs, qui sont obligés de céder l’essentiel de leurs droits, pour un pourcentage très faible sur les ventes."
Patrick Pinchart
Fondateur de Sandawe

Via une plateforme en ligne, Sandawe proposait des projets de BD à ses "édinautes". Une fois le budget atteint, le projet est lancé. Le montant récolté sert à rétribuer l’auteur, à payer les frais de production et de distribution, à rétribuer le travail d’édition et de conseil fournit par Pinchart et enfin à payer une commission à Sandawe. Sachant que l’offre est à la carte.

A posteriori, Pinchart reste intimement convaincu du bien fondé du modèle particulièrement pour les auteurs. "Les contrats d’édition deviennent de plus en plus durs avec les auteurs, qui sont obligés de céder l’essentiel de leurs droits, pour un pourcentage très faible sur les ventes", explique-t-il.

Malheureusement, au contraire des édinautes plutôt actifs et généreux dans leurs financements (attirés souvent par les rétributions en nature), les auteurs n’ont pas suivi… Et c’est sans doute ce qui a le plus manqué au projet Sandawe pour réellement décoller. Faute de réelles grandes pointures à son catalogue, Sandawe a dû un peu faire feu de tout bois et s’est retrouvé réduit à porter des projets pour lesquels les éditeurs traditionnels n’ont pas voulu prendre des risques.

Du coup, à l’autre bout de la chaîne, les libraires ne se retrouvaient pas vraiment dans un catalogue très éclectique et qui manquait d’une réelle ligne éditoriale. Les albums labellisés Sandawe manquaient donc cruellement de visibilité dans un marché de la bande dessinée particulièrement difficile en Belgique ces derniers mois. Entre une surproduction permanente des gros éditeurs et une chute des ventes très sensible, les petits éditeurs font les frais. Et comme en plus, Sandawe ne dégageait que des marges trop faibles…

25.000 €
C’est le budget classique pour le financement d’un album sur la plateforme Sandawe. Un montant assez régulièrement dépassé.

Du fait de la liquidation, tous les avoirs récoltés par la plateforme sont gelés. A priori, les projets dont le financement était complet ou dépassé seront effectivement réalisés. Pour les autres projets, l’arrêt est brutal. Les édinautes seront vraisemblablement remboursés déduction faite des frais déjà engagés.

Nicolas Anspach avait levé 41.000 euros pour financer le premier album de son propre label, Sourire 58. Un très joli succès commercial d’ailleurs. Le financement de son deuxième volume, Leopoldville 60 était presque à son terme. "Il me manquait 200 euros sur le budget minimum. Du coup je ne sais pas ce que je toucherai, ni comment je dois rétribuer mes édinautes…", explique le jeune éditeur. Mais pour les auteurs, qui ont déjà entamé leur travail, la perte est sèche. Et ils devront reprendre leur bâton de pèlerin pour trouver un nouvel éditeur ou une autre source de financement.

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