Publicité

François Roux remporte le Prix Filigranes 2021 avec "La vie rêvée des hommes"

L'auteur et éditeur François Roux. ©Geraldine Aresteanu

Le 6e Prix Filigranes est connu: c’est "La vie rêvée des hommes", de François Roux, qui a touché le jury avec sa sensible histoire de l'homosexualité.

Les 60 jurés du Prix Filigranes 2021 se sont mis d’accord: les 15.000 euros (et toute la visibilité corollaire au prix) iront à l’auteur français François Roux, et à son histoire d’amour, sur fonds de lutte pour les droits des homosexuels. Rencontre avec l’heureux élu.

Quelle est la première image qui vous a traversé à l’annonce du prix?

J’ai pensé à Lina Pinto mon éditrice, et à Sandrine Delestre, qui s’occupe du livre chez Albin Michel. C’est cette dernière qui a remis le roman en main propre à Marc Filipson. Lina Pinto, elle, s’occupe des manuscrits qui arrivent par la poste, et c’est elle qui a repéré «Le Bonheur National Brut» – le début d’une belle aventure.

Livre qui a rencontré un vrai succès critique et public en 2014…

Je croyais que ce serait toujours comme ça! J’avais de la presse, les gens adoraient, les libraires m’invitaient beaucoup. C’est l’histoire d’un groupe d’amis, quatre gamins qui évoluent, entre l’arrivée de Mitterrand en 1981, et 2012. En même temps c’est 30 ans de l’histoire de France. J’aime bien unir la petite histoire des êtres à la grande histoire du monde.

Marc Filipson définit le prix Filigranes comme "un livre de qualité, accessible à tous". Ça vous parle?

Évidemment. Le mot «populaire», à Paris, c’est ressenti par certains comme une insulte. Pour moi, c’est primordial. Je ne me définis pas comme un intellectuel, ou quelqu’un d’élitiste. Surtout pas.

Roman

"La vie rêvée des hommes"

Par François Roux

Édité par Albin Michel

320p. - 19,90€

Note de L'Echo:

"La vie rêvée des hommes" retrace une histoire d’amour homosexuelle sur plusieurs décennies et décrit en même temps les étapes de la lutte pour la défense de droits LGBTQ+. Quelle est la part "historique" de votre travail? Quelle est sa part romanesque?

C’est avant tout une histoire d’amour. À travers l’amour – cet amour presque idéal malgré un contexte dur, entravé – on perçoit, en effet, les luttes. Le contexte, c’est important. Je viens de passer cinq ans aux Etats-Unis. Je suis arrivé juste avant l’élection de Trump. J’ai pu voir, de mes yeux, tout ce qu’on pouvait perdre en quelques années en terme de lutte sociale, de lutte civique. Ce que l’on considère comme des acquis précieux, obtenus de haute lutte, et bien tout ça peut s’effondrer en très peu de temps. C’est fragile.

"Le contexte, c’est important. Je suis arrivé juste avant l’élection de Trump. J’ai pu voir, de mes yeux, tout ce qu’on pouvait perdre en quelques années en terme de lutte sociale, de lutte civique."
François Roux
Prix Filigranes 2021

Il me semblait utile de proposer un cadre à mon histoire qui soit jalonné par ces moments, les moments où ça se construit. Pour répondre à votre question, la documentation, c’est très important. La réalité d’une personnalité, c’est son moi profond, mais aussi tout ce qui la constitue à l’extérieur. Je me suis nourri d’auteurs américains, mais aussi d’un philosophe comme Didier Eribon, le grand spécialiste des questions liées au genre. Comment est-ce qu’on arrive à se créer une personnalité en étant gay, dans un monde globalement hostile? Cet «empêchement» des choses crée des situations intéressantes pour l’écrivain.

Quelle est votre méthode de travail?

Personnellement, j’utilise beaucoup de carnets, je note des idées, je fais des croquis. Ensuite ça sédimente dans mon subconscient. C’est très obsessionnel. Il y a des résonnances qui s’opèrent, qu’on ne parvient pas à oublier. Mon premier jet, je l’écris aussi à la main, dans un de ces carnets, et puis je passe à l’ordinateur. Mais même si c’est primordial, la documentation ce n’est peut-être pas le plus important.

En effet, on sent que l’écriture occupe une place très grande dans vos textes. Il ne s’agit pas seulement de parler d’un sujet, aussi important soit-il…

L’écriture, c’est fondamental. Je suis quelqu’un qui écrit avant d’être quelqu’un qui témoigne. Personnellement, je préférerai toujours un livre qui vous emporte par son style à un livre qui vous emporte par son fond, par son histoire. Une bonne histoire n’a aucun sens si elle n’est pas bien racontée, si vous ne rencontrez pas l’auteur à travers son style.

Vous êtes aussi réalisateur. Quelle est la part visuelle, sensorielle de votre travail?

Avant d’être un fou de littérature à partir de mes 18 ans, j’ai été un fou de cinéma. Ma part visuelle, elle est grande, enfin je l’espère. Je fais beaucoup marcher mon troisième œil. Pour ce livre, on voyage entre quatre lieux, Paris, New York, Los Angeles et la Bretagne. Par exemple pour L.A. j’avais en tête ce que j’ai ressenti là-bas, cette douceur mélancolique. Personne ne marche. C’est assez moche.

"Ce n’est pas parce que vous utilisez des mots que vous ne pouvez pas jouer avec le soleil qui passe à travers les persiennes."
François Roux
Prix Filigranes 2021

Mais c’est très doux. Il y a quelque chose d’à la fois très triste et très attachant dans cette ville. Là, on est dans la sensation. Quand j’écris, j’essaie de m’y immerger totalement, d’être dans le senti, et de retranscrire. Cette indolence. Même chose en Bretagne. Je viens de cette côte nord, magmatique, ce sont des paysages torturés, je voulais aussi m’en servir pour raconter.

Les ambiances fonctionnent pour vous comme des briques dans la narration?

C’est ça. Le film italo-anglais «Call Me By Your Name» (ici, une vidéo) m’a impressionné. Je me souvenais de scènes dont je voulais retrouver la musique pour «La vie rêvée des hommes». Ce n’est pas parce que vous utilisez des mots que vous ne pouvez pas jouer avec le soleil qui passe à travers les persiennes.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés