Gallimard publie la poétesse Louise Glück en français

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Inédite jusqu'à présent en français, la poésie du prix Nobel Louise Glück parait en édition bilingue chez Gallimard.

Ce n'est pas la première fois qu'un Nobel de littérature nous est inconnu en français alors qu'il est un monument dans sa langue ou à l'étranger. Louise Glück (1943) n'a écrit qu'une douzaine de recueils mais est couronnée de tous les grands prix de poésie aux États-Unis et en Suède notamment. Paraissent ces jours-ci deux volumes, "L'iris sauvage" et "Nuit de foi et de vertu" – écrits à une vingtaine d'années de distance – en français avec l'original en vis-à-vis, dans les remarquables traductions et présentation de l'œuvre de Marie Olivier et Romain Benini.

Le moins que l'on puisse dire est qu'il valait la peine d'attendre. Quelle puissance dans cette sobriété qui ne s'économise pas, au contraire, mais décante l'instant, le dilate, l'inscrit dans un mouvement ample de peu de mots. Nous sommes aussi loin du lyrisme de plume et de l'effet que de la sécheresse âpre qui s'épargne. Louise Glück ne s'épargne pas, elle s'immerge, ouvre toutes ses possibilités sensorielles pour capter l'invisible à travers le ténu et l'immensité au prisme de l'usuel.

Derrière un voile de brume

Comme pouvait le faire Emily Dickinson au cœur de sa chambre, Louise Glück perçoit le monde derrière un voile de brume car sait que vouloir percer le mystère, le mettre en mots est l'assurance de le voir échapper. Son art est l'évocation, non la capture, l'écoute des êtres et de soi-même en dialogue constant avec ce qui dépasse, enveloppe, égare: la nature, le vent, "la spacieuse nuit", le souvenir des morts et leurs voix qui traversent le silence. Tout ce qui appelle dans le noir.

Les poèmes de "Nuit de foi et de vertu" se suivent sur le fil d'un temps cyclique, superposé, alternant un "je" qui n'est jamais un "moi" mais un "tu" indifférencié.

"J'arrivai finalement à la conclusion que le message, quel qu'il soit, qu'il pouvait y avoir eu / ne se trouvait pas dans la parole." Écrit à la manière d'un journal de bord, les poèmes de "Nuit de foi et de vertu" se suivent sur le fil d'un temps cyclique, superposé, alternant un "je" qui n'est jamais un "moi" mais un "tu" indifférencié, homme ou femme. Authentiques, nécessaires. Parfois le poème s'arrête, se déprend, s'arrête faute de savoir dire, ou pour ne pas nommer ce qui ne peut l'être: "chaos", "vacuité" ou "sublime". "Le but est d'aller sans but", écrit-elle, mais aller vers, au-devant, en se dépouillant de toute volonté.

Écrits dans une langue qui nous est familière, avec çà et là humour ou trivialité, ces poèmes sur les saisons de la vie, sur un temps qui serait cyclique, ont la majesté du vers antique, que Louise Glück chérit, et cette vérité ontologique.

Poésie

"Nuit de foi et de vertu", traduit de l'anglais par Romain Benini

"L'Iris sauvage", traduit de l'anglais par Marie Olivier

Louise Glück, Gallimard, 160 p., 17 €.

Note de L'Echo: 5/5

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