Gérard Depardieu, cet ogre!

©rv doc

Mathieu Sapin se met en scène dans ses "aventures avec Gérard" Depardieu.

Gérard en buveur d’eau, Gérard qui s’enfile des vodkas à tuer un bœuf, Gérard flagellé aux branches de sapins sur une table de massage, Gérard qui philosophe sur un coin de table, Gérard russe quand il veut, Gérard français quand il ne veut plus… Gérard est entier, Gérard est énorme. Gérard Depardieu est un ogre.

Mathieu Sapin, 1m70 sur la pointe des pieds et 60 kilos tout mouillé, a passé cinq ans dans les pattes de cet ogre, qui fait sans doute plus de deux fois son poids, entre son hôtel de maître parisien, l’Azerbaïdjan, Moscou et les steppes russes. Cinq ans d’extrêmes. "En toutes choses, il est dans l’extrême. Soit il ne boit rien, ne goûte les vins qu’avec le nez, soit il vide une bouteille de vodka pour se désaltérer. Il peut se coucher à 9 h comme faire la fête jusqu’à tomber", confie Sapin.

Mathieu Sapin s’est fait un nom par ses reportages dessinés: "Journal d’un journal", "Campagne présidentielle" ou "Le château". L’auteur sait se faire "oublier" pour saisir ces petits moments qui font découvrir le quotidien de ces mondes-là.

À la demande d’Arte, il devait accompagner Depardieu pour un reportage en Azerbaïdjan sur les traces d’Alexandre Dumas. "Un autre orgre, selon Depardieu". Il restera finalement 5 ans dans son sillage, le (re)voyant de loin en loin, au gré de ses voyages notamment. Il en sort un portrait sans complaisance, qui montre un personnage tonitruant autant qu’une personnalité fragile. "Quand il se décrit comme un ogre, il va aussi dans le sens de l’image qu’on a de lui. Quand il en rajoute une couche dans l’affaire de son passeport russe, il donne aussi aux gens ce qu’ils ont envie de voir. Comme Gainsbourg, Depardieu a dépassé la caricature. Mais en privé, il est souvent moins excessif. Il vit avec un personnage qui le dépasse", commente Sapin.

"Il n’y a aucun miroir chez lui"

Un personnage que Depardieu, paradoxalement, n’aime pas. "Je m’en suis aperçu après coup, mais il n’y a aucun miroir chez lui", remarque Sapin. Depardieu n’aime pas plus revoir ses films que des photos de lui. Même en dessin, c’est limite… "Mais, à la lecture de l’album, il m’a laissé un message touchant, plein de pudeur et de retenue, comme s’il était surpris par l’objet lui-même. On le sent fragile, presque timide. Ce qu’il compense par une surprésence, confie encore Sapin, qui pointe encore l’instinct animal de l’acteur. Quelle que soit son attitude, il a toujours à cœur de donner quelque chose à son interlocuteur."

Plus encore que dans ses précédents reportages dessinés, Sapin se met en scène dans ces "aventures avec Gérard". Sans se donner le beau rôle, loin s’en faut. "Il y a eu un énorme travail pour s’apprivoiser mutuellement. Et le fait de m’être retrouvé à poil sous la douche avec lui, ce n’est pas qu’au sens littéral du terme…", explique Sapin.

Mathieu Sapin a noirci des carnets de note entiers, croquant au vol les moments et les attitudes. "Chaque fois que je le dessine, je commence par le nez et les yeux. Son regard est un véritable scanner. Il voit tout et analyse tout. Cela donne une grande part de sa personnalité."

Comme dans ses précédents ouvrages, Mathieu Sapin fait preuve de finesse dans son traitement. Le récit n’est pas journalistique. Il prend forcément un angle d’attaque et a dû, évidemment, sélectionner dans la masse d’informations recueillies. Mais c’est justement ce qui fait tout l’intérêt de sa démarche. 

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