Gino Bartali, le "Juste"

©© De Agostini / Foto Studio Leon

Le champion cycliste italien, double vainqueur du Tour de France, a caché des Juifs pendant la guerre. Ce n'est qu'après sa mort, en 2000, que cet aspect de sa vie a été rendu public.

On connaissait "Gino le Pieux", qui ne faisait pas mystère de sa grande foi catholique. Mais il y avait aussi "Gino, le Juste", celui qui sauva des centaines de Juifs de l’extermination pendant la seconde guerre mondiale. Cet aspect moins connu du champion cycliste italien, Gino Bartali (1914-2000), fait l’objet d’un ouvrage signé par le journaliste italien Alberto Toscano, correspondant à Paris depuis 1986.

Gino Bartali est un monument de l’histoire du vélo. Sa rivalité avec Fausto Coppi a tenu en haleine la planète cycliste dans l’immédiat après-guerre. Un peu comme Anquetil et Poulidor dans les années 1960. Sauf que la rivalité sportive était doublée d’une rivalité politique. Coppi, c’était la gauche laïque et communiste face à Bartali, tenant de la démocratie chrétienne. Un peu comme Don Camillo contre Peppone.

Vainqueur du Tour de France en 1938 et 1948, la carrière de Bartali a été gâchée par la guerre. Sans quoi, il en aurait remporté à coup sûr quatre ou cinq. Pendant la guerre, Bartali offre ses services à la résistance d’obédience catholique, structurée autour de couvents. Il cache des Juifs chez lui. Sur son vélo, il assure le transfert de faux papiers et d’argent liquide. Le manège est peu discret puisque Bartali est une immense vedette, suscitant des attroupements partout où il passe. Il dissimule tout simplement les documents compromettants dans les tubes du cadre de son vélo. Feignant d’entretenir sa condition, il sillonne toute l’Italie du Nord. Contrôlé plusieurs fois, le pot aux roses ne sera jamais découvert.

Un jour, il se retrouve en garde à vue dans une prison à Florence, mais il est remis en liberté grâce à un officier qui était aussi un de ses supporters. "Il met au service d’une cause humanitaire les privilèges qui découlent de sa popularité sportive", confirme Alberto Toscano. Il ajoute : "Si Gino n’avait pas été Bartali, il n’aurait pas bénéficié de certains avantages. Mais si Gino n’avait pas été Bartali, il n’aurait pas mis ces avantages au service des autres."

Après la guerre, Bartali a toujours gardé le silence sur ses activités de résistant. Ce n’est qu’après sa mort, en 2000, que des documentaires diffusés en Italie ont levé le voile sur cet partie de sa vie. En 2006, il a été honoré par le président de la République italienne et, en 2013, par le Mémorial Yad Vashem à Jérusalem.

"Un vélo contre la barbarie nazie", Alberto Toscano, éd. Armand Colin, 220 pages, 17,90 euros

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