Goddin livre un regard nouveau sur le colonialisme dans une version inédite de "Tintin au Congo"

©Casterman

Ancien secrétaire de Hergé, et exégète indiscutable de son œuvre, Philippe Goddin se penche sur le polémique "Tintin au Congo".

 "Les tribulations de Tintin au Congo", Philippe Goddin
Note : 3/5
Casterman - Moulisart, 224 p. , 31,5 euros.

Deuxième album des aventures de Tintin, "Tintin au Congo" est certainement le plus polémique. Vu du XXIe siècle, le reporter au Petit Vingtième cumule dans ces aventures tous les clichés et les stéréotypes de la colonisation. Remis dans son contexte historique, il ne fait que refléter la pensée commune de l’époque vis-à-vis des colonies. La justice l’a d’ailleurs confirmé récemment. Ancien secrétaire de Hergé, et exégète indiscutable de son œuvre, Philippe Goddin s’efforce de remettre les choses en perspective.

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Il s’appuie pour cela sur les planches de "Tintin au Congo", publiées en 1940-41 dans Het Laatste Nieuws. "C’est véritablement un chaînon manquant dans le travail d’Hergé. La première édition du Congo est parue dans le Petit Vingtième en 1930 et 1931. À partir de 1942, Hergé redessine 8 de ses 9 premiers tomes à la demande de Casterman pour les remettre au format des albums de 62 pages. Son style a considérablement évolué vers une ligne claire plus affirmée. Cette version parue exclusivement dans Het Laatste Nieuws est donc une version intermédiaire de son travail et de l’évolution de son dessin."

Le formidable travail de documentation qui accompagne les planches montre l’évolution d’Hergé par rapport au colonialisme. D’abord influencé par l’Abbé Wallet, l’omnipotent et très réactionnaire directeur du Vingtième siècle, Hergé s’en détache progressivement après-guerre et gagne en empathie, comme son personnage. "Déjà au Congo, Tintin a un boy mais il mange avec lui, il aide la population locale notamment après l’accident de train, les méchants sont tous des Blancs", analyse Goddin. Pour Hergé qui n’y a jamais été, le Congo n’est que livresque, un décor fantasmé sur la base des écrits de l’époque. "Ce n’est qu’à partir des ‘Cigares’ et surtout du ‘Lotus bleu’ que Tintin fait montre de sentiments. La rencontre de Hergé avec Tchang est déterminante pour son ouverture d’esprit", note encore Goddin.

Si Hergé n’a jamais modifié le scénario de "Tintin au Congo" (à l’exception de l’épisode du rhino, qui sera épargné dans la version couleurs de 1946), Hergé a retouché de nombreux autres albums pour transformer des Noirs qui avaient le mauvais rôle ou pour modifier le langage "petit nègre".

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