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"Goldorak" | La face plus sombre d'Actarus

©Kana - Go Nagaï

Dorison, Bajram, Cossu, Sentenac et Guillo ont uni leurs efforts pour redonner vie au héros des années 70. Un défi digne de l'ascension du Mont Fuji dont les personnages sortent grandis.

"Goldorak Go", "Fulguropoings", "Planitron", "Cornofulgur"... Pour tout quadra ou quinquagénaire, ces ordres rappellent la saveur d'un chocolat et d'une tartine avalée à la sauvette, l'odeur de l'encre gribouillée sur un cahier pour bâcler rapidement un devoir, pour être calé à l'heure dite devant Récréa2 qui à l'époque était la seule émission à diffuser les dessins animés japonais qui faisaient fureur. Entre la mièvre Candy et Casper, le gentil fantôme, Goldorak, ça dépotait méchamment. Et les cours d'école résonnaient de ces ordres lancés par Actarus, le Prince d'Euphore, à son robot géant pour défendre la terre contre l'envahisseur de Vega. Et qui ne pense pas à Vega, quand la lune roussit certains soirs d'été?

©kana - Go Nagaï

Tout empreint de cette nostalgie, Xavier Dorison parle de son rêve de redonner vie au personnage lors d'un déjeuner à Angoulême en 2016, entre la poire et le fromage. Christel Hoolans, alors éditrice de Kana, le label manga de Dargaud, prend la balle au bon. "Je vais au Japon dans deux mois. Prépare-moi un dossier, je le présenterai à Go Nagaï, le créateur de la série." Dont acte.

Dorison planche sur un synopsis séance tenante, confie le dessin à Denis Bajram. L'auteur, entre autres de "Universal War One", est un passionné d'anime, de science-fiction et de Goldorak en particulier. "Mais je savais que je ne pourrais pas assumer cela tout seul", reconnaît-il d'emblée. Il appelle, pour le compléter, Brice Cossu et Alexis Sentenac, qui ont plusieurs albums communs à leur actif. "Cette cohésion entre les dessinateurs dès le départ était indispensable. Notre connaissance mutuelle nous a permis d'aller beaucoup plus loin dans la réalisation", confie Cossu.

"Nous avons finalement réussi, je crois, la double fusion de nos styles graphiques d'une part, et du manga, du comics et de la BD européenne d'autre part."
Denis Bajram
dessinateur

En un mois, le dossier est charpenté. Go Nagaï accepte l'idée de la reprise. Les auteurs se lancent dans l'aventure. Au départ, Cossu travaille sur les personnages principaux, Sentenac sur l'univers de Vega, Bajram sur Goldorak et le Golgoth. Au final, le travail se fera en parfaite symbiose, dessinant qui un œil, qui un mouvement, qui une ombre portée.

"Nous avons finalement réussi, je crois, la double fusion de nos styles graphiques d'une part, et du manga, du comics et de la BD européenne d'autre part", estime Bajram. La poésie du premier, l'action du deuxième et l'émotion de la troisième. Un mariage parfaitement réussi, d'autant que les couleurs de Yoann Guillo font véritablement jaillir le dessin de la page.

Regard adulte sur le mythe

Et si le style est parfaitement à la hauteur des attentes, le scénario l'est tout autant. Dorison apporte son regard d'adulte sur le mythe de son enfance. Il en ressort un univers et des personnages plus mûrs, moins manichéens. Meurtri après un retour manqué sur sa planète et dégoûté de la violence et de la guerre, Actarus, le prince d'Euphore, est revenu sur Terre. Face à lui, les derniers guerriers de Vega, à la recherche d'une terre d'accueil, sont prêts à tout pour s'établir au Japon, avec d'autant plus de détermination que ce fut le lieu du combat ultime avec Goldorak.

"Mais si j'avais été iranien, ma famille décimée sous les bombes américaines, qu'aurais-je fait?"
Xavier Dorison
Scénariste

Autant Actarus n'est plus le héros sans peur et sans reproches de la série originale, autant ceux de Vega se font plus "humains" dans le récit de Dorison. Ils apparaissent davantage comme des migrants, certes prêts à tout pour trouver un nouveau havre, fût-ce par la force. "Mais si j'avais été iranien, ma famille décimée sous les bombes américaines, qu'aurais-je fait?", s'interroge Dorison. L'antagonisme entre ces deux ennemis torturés a un côté tragique qui donne à Goldorak plus de souffle encore.

Bande dessinée

«Goldorak»

Par Dorison, Bajram, Sentenac, Cossu et Guillo

Édité par Kana Collection Classics

168p. - 24,90€

Note de L'Echo:

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