Histoire du 36, Quai des Orfèvres

LECTURE. Bienvenue au cœur de la Crim’. Au 36 Quai des Orfèvres pour lire son histoire racontée par Claude Cancès, son ancien directeur. Un récit aussi passionnant qu’un bon thriller. Avec le côté réaliste en plus.

" Le 2 mai 1963, je franchis pour la première fois le seuil de ce lieu mythique qu’est le 36. Pas plus que Maigret, je l’avoue, je ne suis entré dans la police par vocation. Disons, par hasard. Comme lui, je vais passer une trentaine d’années au 36, Quai des Orfèvres. Trente-cinq pour être précis. Et ce seront les plus passionnantes de ma vie. " Une époque où les jeunes flics sont " couvés " par les plus expérimentés. Solidarité oblige. C’est cela aussi le 36, " ce lieu mythique, unique où le vice et la vertu se côtoient, se jaugent et s’affrontent depuis toujours. " Le début d'une passion mise au service de la justice par Claude Cancès, l'ancien patron de la PJ et racontée dans cet ouvrage publié aux éditions Jacob-Duvernet.

Le citoyen lambda qui se plaint de la violence actuelle a-t-il oublié celle du passé? Nul doute qu’à la fin du récit, il reverra son jugement au vu de ces affaires racontées par Claude Cancès, témoin et acteur de cette barbarie. Entre souvenirs et anecdotes, Claude Cancès remonte aux sources du 36 pour nous ouvrir les dossiers des grandes affaires qui ont émaillé l’histoire de la police française. De la bande à Bonnot aux attentats à Paris en passant par le développement de l’identité judiciaire ou l’enlèvement du baron Empain.

Un chapitre consacré à l’Occupation tord le cou à une légende qui veut qu’une large part de la police se faisait la complice des troupes allemandes. Certes, comme tous les milieux, la police a comporté son lot de salauds, au service des Allemands ou des collabos comme l’infâme monsieur Lafont, locataire du 93 rue Lauriston à Paris. Mais sur les 7.000 policiers déférés devant les comités d’épuration, cinq seront condamnés à mort et 54 révoqués. Soit un total de 59 policiers sur 7.000. " Nous sommes donc loin d’une franche et totale collaboration avec l’ennemi. "

La violence, les morts, les gardes, on finit par s’y faire témoigne l’auteur. Sauf pour une chose : la mort d’un collègue. Celle qui arrive forcément un jour et qui reste comme le plus insoutenable souvenir.

Une brillante carrière qui finira comme beaucoup d’autres au cimetière des éléphants, l’IGPN (l’inspection générale de la Police nationale). Par l’intervention d’un ministre, Jean-Louis Debré. " Quitter le 36 est un déchirement, réel, profond. J’y laisse 33 années d’une richesse incomparable, faites de rencontres inoubliables. J’ai beau chercher, il n’y a rien que je ne voudrais revivre excepté la mort des copains. Dois-je répondre à cette question : et si c’était à refaire ? "

 

Quel va être l’avenir du 36 ?

 

De ce côté, Claude Cancès se veut optimiste quant à son futur. Néanmoins, l'histoire à venir du 36 sera liée à un déménagement obligatoire. Malgré leur attachement à ce lieu mythique chargé d’histoire, celle racontée dans ce volume, les policiers sont obligés de s’accorder pour reconnaître que les lieux ne conviennent plus à une police du XXIe siècle. Le nouveau lieu aurait déjà été choisi : le quartier des Batignolles, dans le 17e arrondissement. Comme le souligne Frédéric Péchenard, directeur général de la Police nationale, " la direction de la police judiciaire est éparpillée sur 17 sites différents ! Dix-sept sites à surveiller, dix-sept sites de garde-à-vue. " A titre d’anecdote, sur les 2300 fonctionnaires de police, seuls 500 sont logés au 36 ou dans ses environs.

Un déménagement qui brisera le cœur des officiers de police mais pas la légende du 36. Car comme le précise fort justement l’auteur, " ce sont les hommes qui fabriquent la mémoire des pierres, pas le contraire. "

Pour résumer cet ouvrage historique teinté de souvenirs, on aurait pu reprendre le titre du livre de témoignages de Martine Monteil, un autre patron du 36 : Flic tout simplement.

Agréable à lire grâce au style direct de son auteur qui révèle bon nombre d’anecdotes inédites, cette Histoire du 36 devrait trouver sa place dans votre sélection de livres de vacances. A glisser entre un bon vieux San Antonio et quelques Maigret à relire. Le commissaire de Simenon dont l’ombre plane à jamais sur le 36.

 

Ce livre de souvenirs est tout naturellement dédié " à tous les flics ".

 

Philippe Degouy

philippe.degouy@lecho.be

 

Histoire du 36, Quai des Orfèvres. Claude Cancès, l’ancien patron de la PJ raconte… Editions Jacob-Duvernet. 21 euros. 503 pages.

 

 

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