Houellebecq constate l’obsolescence des relations humaines

Michel Houellebecq tel qu'en lui-même. ©BELGA

Dans "Interventions 2020", une nouvelle édition de l’ensemble des textes de circonstance et prises de position, le romancier français apparaît plus à droite que jamais, mais aussi de plus en plus sensible aux questions morales et religieuses.

Sur la quatrième de couverture, Michel Houellebecq avertit son lecteur: «Je ne promets pas absolument de cesser de penser, mais au moins de cesser de communiquer mes pensées et mes opinions au public, hors cas d'urgence morale grave – par exemple une légalisation de l'euthanasie (je ne pense pas qu'il s'en présente d'autres, dans le temps qui me reste à vivre)».

Ce nouveau recueil de textes sera donc le dernier. Il rassemble l’ensemble des prises de position du romancier polémique au sujet de la société contemporaine. Si tous ces textes ont déjà été édités, dans des revues ou des journaux, les plus récents permettent de mieux comprendre l’évolution idéologique du romancier. À leur lecture, un premier constat: Michel Houellebecq reste Michel Houellebecq, aussi désabusé que tranchant. Animé par cette lucidité foudroyante que lui procure son désespoir, il reste capable de figer notre époque dans une sentence aussi glaciale que désarmante: «En fait, je suis un écrivain du nihilisme (le nihilisme au sens de Nietzsche), il n’y a aucun doute: je suis l’écrivain d’une époque nihiliste, et de la souffrance liée au nihilisme».

Pensées

«Interventions 2020»
Michel Houellebecq

>Flammarion, 464p., 21 euros.

Note de L'Echo: 4/5

C’est lorsqu’il donne des clés de lecture pour comprendre ses personnages qu’il est d’ailleurs le plus intéressant, renversant par exemple la célèbre formule de Descartes: «Si je ne suis pas, je ne pense pas». Et il enchaîne: «Si je ne suis pas, je veux moins (…) Une personne n’est plus en état d’avoir un vouloir organisé, constant, poursuivant un but. Elle se laisse conduire par les circonstances, et c’est pour ça que mes personnages en général réagissent peu.»

Sur le plan politique, il se positionne à la droite de la droite, soutenant notamment Donald Trump: «Le président Trump me paraît un des meilleurs présidents qu’ait connus l’Amérique.» Il défend aussi Eric Zemmour, le comparant à un personnage de "La Montagne Magique" de Thomas Mann: «L’intelligence de Naphta surpasse celle de Settembrini, autant que l’intelligence de Zemmour surpasse celle de ses actuels contradicteurs.»

La fin des contacts matériels et humains

Concernant la question du colonialisme et ses traces persistantes dans nos sociétés, il ne laisse planer aucune équivoque: «En réalité, personne ne se sent coupable de quoi que ce soit, et à juste titre d’ailleurs. Sur la question de l’esclavage, ça atteint un niveau de ridicule inouï. Je n’ai pas d’ancêtre au XVIIIe siècle qui était esclavagiste…»

«L’épidémie de coronavirus offre une magnifique raison d’être à cette tendance lourde: une certaine obsolescence qui semble frapper les relations humaines.»
Michel Houellebecq
Auteur

Sans surprise, la crise actuelle vient confirmer ses hypothèses: «Le coronavirus devrait avoir pour principal résultat d’accélérer certaines mutations en cours. Depuis pas mal d’années, l’ensemble des évolutions technologiques, qu’elles soient mineures (la vidéo à la demande, le paiement sans contact) ou majeures (le télétravail, les achats par Internet, les réseaux sociaux) ont eu pour principale conséquence (pour principal objectif?) de diminuer les contacts matériels, et surtout humains. L’épidémie de coronavirus offre une magnifique raison d’être à cette tendance lourde: une certaine obsolescence qui semble frapper les relations humaines.»

Mais c’est sans doute sur le plan moral et religieux que Houellebecq surprend le plus. Sa critique du néo-libéralisme, de l’individualisme et de l’hédonisme contemporain, s’inscrit désormais très clairement dans une vaste réflexion morale: «Il y a un absolu moral qui est indépendant des religions et qui est supérieur à elles.»

Les pensées de Houellebecq sur le Covid, lues par lecture proposée par Augustin Trapenard (France Inter) - Mai 2020.

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés