Infiltré en enfer pour y fomenter la révolte

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Gaëtan Nocq adapte le "Rapport W", le terrible récit d'un résistant polonais infiltré à Auschwitz pour raconter ce qu'il s'y passe et y fomenter une révolte. Aussi brave qu'inutile. Une œuvre magistrale sur le plan historique et graphique.

Des hommes et des femmes entassés dans un wagon à bestiaux, des soldats fanatisés qui frappent et tuent, juste pour l’exemple et impressionner les prisonniers, un portail de fer au bout d’une voie de chemin de fer. À n’en pas douter, nous sommes à Auschwitz.

"Le rapport W, infiltré à Auschwitz"
  • Note: 5/5 
  • Gaëtan Nocq
  • Daniel Maghen Editions
  • 250 p.
  • 29 euros

En ce début de guerre, le camp de concentration n’est encore que l’antichambre de l’enfer. Birkenau, le camp voisin où sera mise en œuvre la "solution finale", n’est pas encore construit, le camp est encore réservé aux droits communs, aux terroristes… et pas seulement aux juifs.

Witold Pliecki est un capitaine de l’armée secrète polonaise. Sa mission est d’infiltrer le camp d’Auschwitz pour en faire sortir des informations mais surtout y créer un réseau et, le moment venu, y fomenter une révolte. Il y restera plus d’un an durant lequel il tisse patiemment son réseau d’agents parmi ses compagnons d’infortune. Il parviendra à faire sortir quelques bribes d’informations, notamment sur les prémices de la stratégie d’extermination des juifs dont il sera l’un des premiers témoins. Il s’évade finalement en 1943 pour éviter d’être découvert et son réseau démantelé.

Gaëtan Nocq s’est appuyé sur le travail historique d’Isabelle Davion et sur les traductions du texte original de "Rapport W". "C’était un texte très factuel, très brut que je me suis approprié comme un sculpteur travaille la terre", précise Nocq.

C’était un texte très factuel, très brut que je me suis approprié comme un sculpteur travaille la terre.
Gaëtan Nocq
auteur

Sans rien ôter à la vérité historique, Nocq structure le récit, donne une hiérarchie aux événements, reprend certains éléments pour construire ses dialogues. "Mon propos était de rendre au mieux la mission d’espionnage. L’univers concentrationnaire ne vient que durcir cette mission et la rendre plus complexe. Mais ce n’est pas le thème principal", poursuit Nocq. Dans ce lieu totalement déshumanisé, Pliecki tisse son réseau d’entraide plus encore que de renseignements et ce sont ces relations humaines que Nocq met en exergue.

Nocq travaille beaucoup sur la suggestion pour introduire la violence dans son récit. Omniprésente, elle n’est pourtant que rarement montrée de manière crue. Elle sera plutôt évoquée par une phrase ou une séquence. Le procédé crée une tension qui ne se relâche jamais.

Comme dans le texte original, l’adaptation de Nocq crée des décalages entre cette violence et des scènes de vie quotidienne parfois presque drôles. Il introduit aussi des scènes de rêves. "Tout cela est présent dans le rapport, comme si Pliecki avait besoin de ce décalage pour tenir le coup…", analyse Nocq.

Il traite ce texte difficile par un graphisme époustouflant, jouant sur les bleus, les rouges ou les blancs pour installer ses atmosphères.

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