Ivan Jablonka, ce héros au sourire si doux

L'auteur Ivan Jablonka. ©AFP

"Un garçon comme vous et moi", d’Ivan Jablonka, paru aux éditions du Seuil, est un éloge des attributs non virils de la masculinité.

Ivan Jablonka met les sciences sociales et son œuvre littéraire au service des anonymes, ignorés ou assassinés par l'histoire – ses grands-parents déportés ou Laetitia, une jeune serveuse – et se penche, cette fois, sur un sujet qu'il connaît bien: lui-même. Il examine minutieusement pourquoi, en dépit d'une éducation d'élite qui le destinait à rejoindre le clan des mâles alpha, il navigue dans le genre en clamant, au risque de la raillerie: «Je ne suis pas un mâle!»

Entre sincérité désarmante, forfanterie d'éternel gamin, humour en demi-teinte et charme revendiqué comme arme de séduction, Ivan Jablonka ravit et désarçonne. Nul nombrilisme dans cet exercice d'impudeur mais ébauche d'enquête personnelle sur cet échec patent: en dépit du formatage sociétal, télévisuel, commercial et pédagogique, tous les ingrédients menant à la virilité pileuse, forte en gueule et en muscles, conquérante et cynique, ont échoué.

Auto-apitoiement réparateur.

À l'adolescence cela le désespérait... Quand les autres roulaient des pelles et des mécaniques, tombaient des filles qu'ils oubliaient aussitôt, lui le poète, le littéraire (n') envoyait (pas) ses missives enflammées et se dénigrait avec un atavisme typiquement ashkénaze et féminin: l'auto-dénigrement pour se faire accepter se doublait chez lui d'un auto-apitoiement réparateur. Ivan Jablonka n'a pas changé de tactique ni de schéma, son livre l'atteste, entre esprit de sérieux et fantaisie, thèse, anti-thèse et mise à nu avec humour. Manière pour lui de tenir le tragique à distance.

Comment être un homme en s’inventant les qualités choisies de la «garçonnerie»: gentillesse, sensibilité, culture, fragilité, sens du tragique et de l’auto-dérision, et fidélité à l’amoureuse de ses huit ans.

S'il dévorait Rimbaud et Verlaine, il se souvient aujourd'hui avec émotion de sa fascination à l'âge tendre pour Goldorak et de son identification à Candy, héroïne de dessin animé intrépide, drôle, courageuse et délicate. Le lecteur reste un peu pantois de la longue analyse qu'il consacre aux mythes fondateurs de l'imaginaire de l'enfance des années septante ou aux chansons de «l'homme goldmanien doux par nature».

Mais c'est aussi le charme de cet essai autobiographique qui ressuscite l'émoi autant que les pans obscures ou cocasses d'une élaboration de soi conforme aux attentes, des profs ou des parents. «Soyez heureux!» était le mantra de son père, orphelin de guerre, alors que lui fils choyé, aimé, encouragé et protégé avançait vers l'âge adulte, l'ombre des morts à Auschwitz cousue au talon.

Pour eux, il se devait de vivre deux fois plus fort et de vaincre. Pari tenu, alors que certains bien-nés parmi ses camarades, Gaulois des couches supérieures, ont échoués, craqués, rendus les armes, brisés par des attentes sans affect, ni rire ni chaleur. Le livre se clôt comme il aurait pu commencer, par l'exposé de ce qui a précédé: comment être un homme en s'inventant les qualités choisies de la «garçonnerie»: gentillesse, sensibilité, culture, fragilité, sens du tragique et de l'auto-dérision, et fidélité à l'amoureuse de ses huit ans.

Récit

«Un garçon comme vous et moi»
Ivan Jablonka

Note de L'Echo: 3/5

Ivan Jablonka et la crise du masculin

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