"Je suis un commerçant au-delà d'être un libraire" (Marc Filipson)

©Frédéric Pauwels / HUMA

Marc Filipson, le bouillant patron des librairies Filigranes à Bruxelles, a sélectionné les 6 livres du 4e prix Filigranes, doté cette année de 12.500 euros. Il va les livrer maintenant à un jury de 50 lecteurs, dont des lecteurs de L’Echo.

Rien que son nom a le don de hérisser ses collègues libraires. Le cheveu nerveux, le visage rubicond et le verbe en roue libre, Marc Filipson ne fait rien comme les autres et fourmille d’idées pour doper son business (14 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2016). Sa rue est barrée par des travaux de terrassement? Lui pense déjà apéros urbains, showcases, kiosques à musique et bacs à sable sur son nouveau trottoir élargi.

Mais pour l’heure, c’est la quatrième édition du prix Filigranes qui focalise son attention, avec un chèque qui passe de 10.000 à 12.500 euros, ce qui en fait le prix littéraire le mieux doté de Belgique et dont ont déjà profité Adélaïde de Clermont-Tonnerre (2016), Thomas Gunzig (2017) et Adeline Dieudonné (2018). Surtout, pas de prise de tête ou de débat aviné dans un étoilé, le jury est rendu aux simples lecteurs, ceux de Filigranes et ceux des sponsors du prix (dont L’Echo, depuis 2017) qui peuvent y impliquer leur staff et leurs clients. Une seule règle: lire les 50 premières pages de chacun des six bouquins en lice, choisis par Filipson himself. Pas fameux? On peut passer au suivant! Pouvait-on attendre une autre philosophie de cet insatiable boulimique?

En quatre éditions, le prix Filigranes a-t-il fait son trou dans le monde du livre?

On est aujourd’hui reconnu et accepté par tous les éditeurs en France, qui nous contactent jusqu’à six mois à l’avance pour savoir s’ils peuvent nous envoyer des ouvrages. Pour rappel, la définition du prix Filigranes, c’est un livre de qualité accessible à tous. En 2012, Joël Dicker aurait dû avoir le Goncourt pour "La vérité sur l’affaire Harry Quebert", un livre que tout le monde appréciait et qui s’est vendu à 2,5 millions d’exemplaires l’année de sa sortie. Cela aurait pu rendre ses lettres de noblesse au Goncourt. En réaction à cela, nous avons créé le prix Filigranes. Quatre ans plus tard, les gens ont compris que le prix faisait partie de ce que j’ai lancé il y a 30 ans: la formule "pas content, remboursé". On n’aime pas, on rend. Mais en général, cela plaît à la majorité des lecteurs.

"Quatre ans plus tard, les gens ont compris que le prix faisait partie de ce que j’ai lancé il y a 30 ans: la formule "pas content, remboursé".
Marc Filipson
Patron de Filigranes

Le prix est également mieux doté que l’an passé…

Avec une dotation de 12.500 euros, cela peut sembler peu, mais c’est aujourd’hui le prix le mieux doté en Belgique. Le Goncourt, c’est 1 euro. Évidemment, plus le prix est prestigieux, plus l’auteur est sûr de vendre et d’avoir des retours sur droits. Mais ce que nous donnons également, c’est une diffusion. Sans me la jouer, "Filiber", le magazine de Filigranes, est aujourd’hui prescripteur pour certaines lectures. Il fait des petits et des émules.

Quel est l’impact du prix Filigranes en matière de ventes?

Pour Adeline Dieudonné, impossible à déterminer car le buzz était général. Par contre, pour Adélaïde de Clermont-Tonnerre, avec plus de 3.000 exemplaires vendus, c’est énorme. Contactez Dilibel-Hachette: il y a eu un net démarrage de ce livre au moment du prix! Même chose pour "La nuit sauvage" de Thomas Gunzig en 2017 avec, de nouveau, ce petit plus que quand un auteur remporte le prix, il est toute l’année sur plusieurs "roll-up" (banderoles) dans le magasin, sur des "beach flags" (oriflammes) en devanture.

Participez au jury!

Partenaire du prix Filigranes, L'Echo propose à trois de ses lecteurs d'intégrer le jury présidé par Adeline Dieudonné, lauréate 2018 avec "La vraie vie" (L'Iconoclaste). Soyez l'un des trois premiers à compléter le formulaire en ligne! www.lecho.be/service/filigranes

Le jury du prix Filigranes est composé d'une cinquantaine de lecteurs: 15 habitués de la librairie bruxelloise, un ensemble de lecteurs assidus parmi les sponsors du prix (ING, L'Echo, Soyer & Mamet, Radio Nostalgie et LN24, la future chaîne belge d'info en continu) ainsi que François Coune, "bookstagrameur" et créateur du blog www.livraisondemots.com.

Une première réunion du jury aura lieu le 26 août, suivie de plusieurs autres jusqu'à ce qu'un choix unanime se dégage. La semaine qui précède l'attribution du prix Filigranes 2019, le 23 septembre, trois journalistes de votre quotidien vous livreront leurs critiques des 6 livres en lice, en toute indépendance. Infos: www.filigranes.be

La durée de vie d’un roman en tête de gondole, c’est quelques semaines s’il ne se vend pas, deux à trois mois s’il se vend bien. Ici, c’est toute l’année que nous le mettons en évidence, et même durant toute la durée de vie du livre avec un présentoir pour tous nos lauréats, ainsi que pour tous les livres sélectionnés pendant six mois qui suivent le prix.

Comment sont choisis les six livres de la sélection?

Il n’y a pas photo, c’est moi et moi tout seul, plus, depuis cette année, des éditeurs qui pensent trouver le livre qui correspond à la demande. Je demande aussi à tous mes libraires de revenir vers moi s’ils estiment qu’il y a un livre qui correspond. Alors pourquoi moi? Parce que je lis 50, 60, 70 pages de chaque livre. Je ne vais pas imposer une lecture à qui que ce soit sans l’avoir testée moi-même. Je reconnais qu’il y en a un dans la sélection où je n’ai pas pu m’arrêter. C’est l’addiction comme je la souhaite.

Ce livre-là, c’est le futur prix Filigranes?

Ah, non! (rires) Je n’ai pas plus de voix que les autres. J’ai droit à une voix.

Au niveau du jury, des lecteurs plutôt que des auteurs ou des critiques?

De grands lecteurs, les habitués de la librairie. Je suis fier et honoré d’avoir de plus en plus de gens qui demandent à faire partie du jury. Et il y a ceux qui veulent rempiler. Il y a une certaine ambiance, on se voit au moins à une réunion, les gens échangent. L’Echo, Nostalgie ont réagi directement suite à notre communiqué d’hier. ING, cette année, va respecter ses engagements. Ils ont une salle exceptionnelle: je veux y faire une présentation pour le personnel. Tout le personnel doit être au courant pour que l’auteur soit remercié et honoré, et puisse faire le tour de tous les sponsors. C’est aussi le but du prix Filigranes: je suis un commerçant au-delà d’être un libraire, je ne m’en suis jamais caché. Avec moi, ils vont vendre encore plus.

Un journal économique, une banque: quel est le rôle de ce type de partenaires dans un événement littéraire?

La banque, c’est parce qu’elle donne de l’argent. ING, c’est un choix personnel. On peut leur reprocher ce qu’on veut, mais ils ont rendu l’art accessible à tous. Et Filigranes rend la lecture accessible à tous. ING invite des artistes méconnus depuis 20 ans dans son espace de la place Royale. J’ai été les trouver en leur disant: 1°) vous devez un peu vous redorer le blason parce que les banques, ce n’est plus tout-à-fait ça; 2°) et moi, j’ai besoin de vous pour la communication, avec vos agences partout et vos milliers de clients. Je pense que cette année, ils vont jouer le jeu et communiquer. L’Echo, avec une mise en avant de la littérature et de la culture le week-end, c’est très important. Et par-dessus tout, en tant que commerçant, je suis apolitique, et je pense que vous êtes aujourd’hui le quotidien le plus apolitique en Belgique.

Les 6 livres du 4e prix Filigranes

©doc

"Le Marin de Casablanca" Charline Malaval.

 Éditions Préludes, 320 p., 16,90 euros

Il était grand, brillant, ambitieux et  il adorait Jean Gabin, son modèle.Un à un, il avait gravi les échelons de la marine et voulait explorer le monde. En avril 1940, il disparaît brutalement dans l’explosion de La Railleuse, un navire de guerre stationné dans la rade de Casablanca.

Il s’appelait Guillaume, il venait d’avoir vingt ans. Un premier roman au cœur d’un Maroc lumineux et un hommage à l’âge d’or du cinéma. 

©doc

"Le Schmock" Franz-Olivier Giesbert.

Éditions Gallimard, 402 p., 21,50 euros

"Malgré toutes mes lectures sur la période hitlérienne, je n’ai jamais réussi à comprendre pourquoi tant d’Allemands ‘bien’, respectables, avaient pris à la légère la montée du nazisme tandis que les Juifs tardaient étrangement à fuir", constate le journaliste et écrivain au dos de "Him", le Hitler faussement contrit de Maurizio Cattelan qui fait la couverture de son nouveau roman.

Une histoire d’amour et d’amitié dans la Bavière nazie.

©doc

"La Force du Crabe" Bruno Wajskop.

Éditions Le bord de l’eau. 109 p.,10 euros

Joseph Buren peut se faire obéir par télépathie. Ce pouvoir a des limites: Joseph s’endort partout, la "Force" l’épuise. Sans autre objectif que d’être payé à ne rien faire, il vit seul entouré d’un clown-dealer et de Rastas qui admirent son flegme…

Un récit aussi lapidaire que déjanté, déjà remarqué par l’auteur français Gérard Berréby qui y voit "un récit gorgé de références à la pop culture et de chutes inattendues". Et c’est du belge!

©doc

"J’écris ton nom" Sylvestre Sbille.

Collection Pointillés des éditions Belfond, 313 p., 17 euros

Cinéaste et critique cinéma à L’Echo (nous n’avons pas poussé à sa sélection!), Sylvestre Sbille n’aime rien tant que les histoires qu’il délivre d’une plume fluide et alerte dans ce premier roman empreint de réalisme magique.

Et d’inoculer au lecteur toute la fureur de vivre d’individus éblouissants,surnageant dans la vase noire de l’Occupation, à commencer par Youra, un jeune médecin bruxellois, idéaliste, interdit d’exercer car juif.

©doc

"Où bat le cœur du monde" Philippe Hayat.

Éditions Calmann-Lévy, 431 p.,20,50 euros

Attaché à l’Essec et à Science Po Paris, entrepreneur actif dans l’industrie, les technologies, les services et le financement d’entreprises, Philippe Hayat est aussi un écrivain prolifique au lyrisme remarqué.

Il s’intéresse cette fois au jeune Darius, frappé de mutisme dans le Tunis des années 30, jusqu’à ce qu’il se découvre un don pour la clarinette. Un romand’initiation et d’émancipation mené au rythme étourdissant du jazz.

©doc

"San Perdido" David Zukerman.

Éditions Calmann-Lévy, 411p.,19,90 euros

"Une pointe de réalisme magique,un fumet de conte cruel, un zeste de fable sociale… Un vrai et grand premier roman!""une intrigue parfaitement menée dans un excellent premier roman. Un nouvel auteur est né"

Les libraires français s’enthousiasment pour l’histoire de cet orphelin muet dont les mains ont une force singulière. Dans la décharge à ciel ouvert de San Perdido, au Panama, il aurait dû mourir; il deviendra légende.

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