"Je suis un illustrateur qui se prête à la BD"

©Lapone - Dargaud

Juan Diaz Canales et Teresa Valero écrivent un scénario sur mesure pour Antonio Lapone qui laisse parler la fougue de son dessin.

Quand on pense au dessin d'Antonio Lapone, on voit volontiers un style très "mode", des personnages aux traits effilés, stylisés, dans une ligne claire façon Chaland plutôt qu'Hergé. Et c'est sans doute cette vivacité et cette pureté du dessin qui a plu au tandem formé par Juan Diaz Canales et Teresa Valero.

Les deux scénaristes espagnols (Diaz Canales est l'auteur de "Blacksad", entre autres réussites) lui ont concocté un récit taillé sur mesure à la fois pour son style et en fonction de ses sujets de prédilection. "Je voulais trouver une bonne locomotive pour laisser libre cours à mon style graphique. Pour développer un trait, une ligne moins proche de celle de Chaland par exemple. Plus personnelle", commente le dessinateur italien.

©Dargaud

Clairement, le trio s'est trouvé sur ce sujet qui n'a rien à envier à une série comme "Mad Men". "C'est l'histoire d'une femme que tout le monde ne voyait que comme une potiche, mais qui à force de caractère va s'imposer dans un monde de la presse des années 50 terriblement machiste, pour ne pas dire sexiste", résume Lapone.

A la fin des années 30, Navit tire le diable par la queue. Mais qu'importe si son artiste de compagnon peut vivre de son art. Quitte à se "vendre" pour qu'il puisse dessiner dans un journal illustre. Waldo est avocat, un requin apparemment sans foi... et juste la loi quand elle l'arrange. Jusqu'à ce qu'il retourne sa veste pour défendre la cause des petits et des opprimés. Devenue veuve d'un magnat de la presse, Navit se bat comme une tigresse pour garder et développer "son" magazine Gentlemind. Ce sera avec l'aide de Waldo que son tempérament séduit autant que sa condition de femme sans un sous devant elle.

Femmes de papier glacé

Le récit est choral. Les personnages, et les liens entre eux, se mettent en place progressivement. Et il s'en dégage une effervescence dynamisante. Navit ne laisse jamais tomber. Elle est tenace et a l'intelligence pour y arriver.

Les scénaristes ne se sont pas inspirés de faits ou de personnages réels, mais plutôt d'une ambiance, d'une époque aussi très présente. Celle des magazines de grande presse qui se vendaient par millions. "Ces femmes de papier glacé dont on ne connaissait pas le nom mais seulement les courbes, ces auteurs de l'ombre qui tenaient le lecteur en haleine des semaines durant... Ce sont ces gens qui ont fait l'âge d'or de la presse américaine des années 50", commente Lapone.

"Gentlemind", Tome 1

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Diaz Canales, Valero et Lapone,
Dargaud, 88 p., 18 €

Le récit est dense et complexe, les personnages évoluent, se révèlent, les intrigues se croisent et se tissent. "Je me suis noyé sous la documentation pour me mettre à la hauteur de ce scénario. Jusqu'à l'indigestion. Au final, je n'ai rien gardé, mais je me suis imprégné de l'ambiance et de l'époque", précise Lapone.

Le dessin se ressent dans la densité du récit, dans un joyeux fouillis de traits et de couleurs. "Je suis un graphiste qui se prête à la BD", se définit Lapone. Et en effet, sont trait semble hésiter en permanence entre l'illustration et la BD. Avec quelques morceaux de bravoure sur des planches complètes. "Ce sont des vrais moment de plaisir. Comme la couverture de l'album. J'y travaille jusqu'à mourir!"

Son dessin, très vif et réalisé sans encrage, laissant toute la liberté et la spontanéité du crayon, est réhaussé de couleurs à l'aquarelle, toutes aussi spontanées. Mais la tonalité de la palette guide le lecteur à travers les ambiances.

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