Jean Van Hamme revient à la BD

©Jean Vanhamme

Le prolifique auteur signe un récit documentaire sur les maux dont souffre le Kivu. Poussé par les Dr Cadière et Mukwege, il se pose en lanceur d’alerte.

Depuis quelques années, Jean Van Hamme, prolifique scénariste, avec le succès que l’on sait, a progressivement laissé tomber ses héros fétiches. Le barbouze amnésique XIII a été repris par Yves Sente et Youri Jigounov, le Viking au grand cœur Throgal et ses descendants continuent leurs aventures sous la plume du même Sente, puis de Dorison et de Yann entre autres. Le milliardaire Largo Winch a été repris par Eric Giacometti suite à la brouille entre Van Hamme et Philippe Francq. Hormis un scénario de Blake et Mortimer encore dans les cartons et le dernier tome de XIII Mystery, la série consacrée aux personnages secondaires de XIII qui doit sortir dans les prochaines semaines, Van Hamme s’était donc fait plutôt discret depuis des mois dans le 9e art.

Bande-Dessinée

Kivu

De Jean Van Hamme et Christophe Simon

Le Lombard Collection Signé, 72 p., 15 EUR

Note: 3/5

Une heureuse retraite? À 80 ans au début de l’an prochain, le scénariste aux 45 millions d’albums vendus aurait pu y prétendre. Mais c’est mal le connaître. Quelque peu lassé par la BD, il voulait s’essayer à d’autres styles d’écriture, au théâtre notamment en passionné des planches qu’il est, spectateur acharné du Festival d’Avignon. "Je dois bien le reconnaître, ça n’a pas marché", avoue Van Hamme. Sa pièce a pourtant bien été écrite: une histoire policière remettant en présence une bande de copains 40 ans après la disparition de l’une d’entre eux en montagne. "Mais j’ai fini par comprendre que l’on ne veut plus trop investir dans le monde du théâtre sur un auteur de 79 ans… Les romans, j’ai déjà donné avec des succès divers. Reste donc la BD, le seul médium où j’ai encore une certaine notoriété et des choses à dire", affirme-t-il

Le voilà donc relancé sur une nouvelle série "dont je ne vous dirais rien, mais qui m’amuse beaucoup". Loin d’être lassé de la BD, même si l’on sent poindre peut-être un certain fatalisme dans ce retour, voire une pointe de cynisme. "Je ne suis pas cynique, je suis caustique, c’est moins méchant, rectifie-t-il. Si je n’ai plus de plaisir, je ne le fais plus. C’est pourquoi j’ai arrêté XIII, Throgal ou Largo. Je vis du plaisir que je donne et que je me fais. Qui peut en dire autant?"

L’intérêt du sujet

Question de plaisir, mais d’intérêt pour un sujet ou au gré des rencontres. "Je n’ai pas l’habitude de travailler sur commande. Moins encore de faire des biographies. Mais là, le sujet en valait la peine", affirme Van Hamme. C’est une rencontre avec Guy-Bernard Cadière, chirurgien belge "associé" de Denis Mukwege "l’homme qui répare les femmes" qui lui a ouvert les yeux sur le drame du Kivu, reconnaît Jean Van Hamme. "Jusque-là, ma connaissance de l’est du Congo se résumait à quelques articles de presse et les souvenirs que j’en avais lorsque j’allais chez mes oncles qui cultivaient dans cette région idyllique avant l’indépendance. Par contre, comme le commun des mortels sans doute, j’avais une méconnaissance profonde de ce qu’il se passe au Kivu depuis 20 ans. De cette sale guerre qui frappe cruellement les populations civiles."

©Jean Vanhamme

Au fil de leurs rencontres, Cadière demande à Van Hamme de "faire quelque chose" sur Panzi, l’hôpital où lui-même et Denis Mukwege réparent les femmes victimes de sévices sexuels dans la région.

"Le plus grand malheur du Kivu vient de sa formidable richesse et la profusion de minerais que renferme son sol. Des minerais de plus en plus stratégiques comme le Coltan par exemple que l’on retrouve dans tous les smartphones", découvre Van Hamme. Entre les richesses minérales qui attisent les convoitises, les rivalités tribales, les conflits avec les voisins, la corruption… les plaies du Kivu sont nombreuses. Jean Van Hamme les aborde dans ce one shot qui marque donc son retour à la BD. Avec Christophe Simon, élève de Jacques Martin, au dessin, cela donne un récit très réaliste. "Je ne voulais pas faire un reportage dessiné, mais un récit de fiction mettant en scène certains personnages réels comme les deux docteurs de Panzi, dont le rôle vient en toile de fond. Mettre en scène Panzi sans en raconter l’histoire dans une sorte de documentaire scénarisé."

"Je n’ai pas l’habitude de travailler sur commande. Mais là, le sujet en valait la peine."

Comme de coutume, Van Hamme aborde son sujet par le petit bout de la lorgnette, la vision d’un jeune ingénieur frais émoulu chargé d’une mission "sans problème" pour une multinationale du minerai au Kivu. Mais son périple croise celui de Violette, jeune congolaise, qui a été violée par le "directeur d’exploitation" de l’entreprise dans la mine locale. Et cette exaction ouvre les yeux du jeune blanc-bec qui se sent du coup investi d’une mission qui le dépasse.

©doc

Le récit n’est certainement pas le meilleur de Jean Van Hamme. À force de vouloir trop y mettre, l’auteur ne fait que survoler les maux du Kivu alors que l’un ou l’autre aurait suffi à porter le récit. On regrettera sans doute aussi de ne dépeindre que l’horreur sans évoquer ce qui va bien… "C’est un parti pris, se défend Van Hamme. Je m’efforce de dénoncer une situation qui n’est malheureusement gérée ni par le pays, ni par les Nations-unies, ni par personne…"

Jean Van Hamme en est bien conscient: malgré sa notoriété, il ne s’attend pas à faire changer les choses grâce à une BD. "Je ne m’attends pas à des réactions énormes. La BD ne sert pas à ça, il ne faut pas se leurrer. On alerte l’opinion, mais après…"

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