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"Jours de Sable" | L'espoir est leur dernière richesse

Aimée De Jongh explore la condition des fermiers du "Dust Bowl" au centre des États-Unis en pleine dépression, dans un roman graphique poignant.

Un petit bonhomme assis sur une paillasse, le doigt au bord du nez, contre un mur tapissé de papier journal. Une femme, belle malgré les rides encrassées qui burinent son visage inquiet. Une famille qui pose fièrement mais sans sourire devant une camionnette chargée à craquer. Une autre au bord de la route, sur son trente-et-un, sa vie rassemblée dans une petite valise. Et partout, la poussière qui poisse les vêtements et les visages, qui engloutit les maisons quand le vent la soulève en nuages terribles.

"Grapiquement, ces photos en noir et blanc sont magnifiques. Elles ont réellement capté mon attention."
Aimée De Jongh
Autrice de BD

Ces images de misère profonde ont été prises durant la Grande dépression des années 30 aux États-Unis. Dans le Dust Bowl. Un bassin qui couvre plusieurs États du centre, du nord du Texas au Dakota en passant par l'Oklahoma, l'Arkansas... Lorsque les premiers colons s'y installent au XIXe siècle, les prairies sont plutôt accueillantes. Mais l'élevage laisse la place à l'agriculture, changeant, déjà, le biotope. À cela s'ajoute une forte sécheresse, qui appauvrit les ressources et réduit les sols en poussière. La poussière qui se lève dans les vents de tempêtes et s'infiltre partout assombrissant le ciel.

Visuels forts

L'autrice néerlandaise Aimée De jongh est tombée sur ces photos il y a quelques années. Des visuels forts, puissants tant par la violence des éléments que par la force qui se dégagent des regards et des situations. "Durant la Grande dépression, le gouvernement américain a commandé pas mal de reportages photo sur cette région pour montrer la misère et les difficultés qui les touchent. Un travail de propagande pour récolter des fonds et appuyer la nécessité de plans économiques. Certaines sont universelles: une mère avec son enfant dans les bras, cela traverse les époques et les continents avec la même émotion, presque mystique", commente-t-elle.

Dans toute la littérature et la masse d'articles qu'elle a pu consulter, Aimée De Jongh s'est surtout attardée sur les écrits des habitants eux-mêmes.

Il n'en fallait pas plus pour titiller sa curiosité. "Graphiquement, ces photos en noir et blanc sont magnifiques. Elles ont réellement capté mon attention. J'ai donc voulu savoir qui étaient ces gens, ce qu'ils ont vécu, pourquoi ils restaient dans ce désert hostile..."

Journaux personnels

La documentation ne manque pas sur le sujet. Des bibliothèques entières ont été écrites sur la période de la Grande dépression. Sur le Dust Bowl en particulier, l'ouvrage de Steinbeck, "Les Raisins de la colère", est sans aucun doute l'œuvre majeure. Mais dans toute cette littérature et dans la masse d'articles qu'elle a pu consulter, De Jongh s'est surtout attardée sur les écrits des habitants eux-mêmes. Des lettres, des journaux intimes qui décrivent davantage leur quotidien.

"Ces journaux personnels sont bien plus parlants que les articles d'époque, qui posent toujours un regard extérieur sur les faits. J'ai réellement senti ce qui animait ces fermiers dénués de tout face aux éléments. Pourquoi ils partent, mais surtout pourquoi ils restent. Ce sont encore des pionniers. Quand on a tout construit, tout quitter, même ses morts, est difficile, voire impossible."

Précision photographique

À travers le regard d'un de ces photographes "de commandes", Aimée De Jongh observe ces gens avec beaucoup de compassion et de justesse. On retrouve sous son trait la dureté ou la tristesse qui se lit dans les regards sur les photos d'époque. Des photos dont elle s'inspire d'ailleurs avec une précision... photographique, même dans le rendu des nuages de poussière, véritable prouesse graphique.

C'est sans doute le personnage du photographe qui donne toute l'émotion à ce récit. Il traduit le propre sentiment d'Aimée De Jongh. "J'ai eu l'occasion de me rendre dans un camp de migrants. Après quelque temps, je me demandais ce que je faisais là avec mon carnet et mes crayons. Je ne me sentais pas légitime de les dessiner. J'imagine qu'un photographe doit parfois éprouver la même gêne..."

"Jours de Sable", Aimée De Jongh

Histoire

"Jours de Sable"

Aimée De Jongh, Dargaud,

288 p., 29,99 €

Note de L'Echo: 5/5

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