Ken Follett au temps des Vikings

Ken Follett ©Photo News

31 ans après la parution des "Piliers de la Terre", véritable phénomène de librairie vendu à 26 millions d’exemplaires, l’écrivain gallois retrouve ses fans pour un nouveau "pavé" médiéval.

Kingsbridge, 1120: tenus en haleine par le prolixe auteur, des millions de lecteurs ont suivi mot à mot les mille pages des aventures de Tom, le bâtisseur de cathédrales. Ce coin fictif d’Angleterre a ensuite subi les grandes épidémies de peste noire dans «Un monde sans fin» (2008), puis assisté aux débuts de la Renaissance avec «Une colonne de feu» (2017). Parvenu à la fin de la trilogie, Ken Follett, jamais à court d’énergie ni d’idées, a décidé de remonter le temps pour livrer un quatrième volet à sa saga mondialement reconnue. Voici donc un généreux «prélude» aux trois tomes précédents, qui nous plonge cette fois aux alentours de l’an mille, sur une période de dix ans.

Roman historique

«Le Crépuscule et l’aube», Ken Follett,

traduit de l’anglais par Cécile Arnaud, Jean-Daniel Brèque, Odile Demange, Nathalie Gouyé-Guilbert et Dominique Haas,

Robert Laffont, 858 p., 24,50 €.

Sous la plume aiguisée et très documentée du romancier, l’Angleterre vit alors une autre période tumultueuse de son histoire. Attaques des Vikings à l’est, pression des Normands au sud, des Gallois à l’ouest. Cet âge sombre, coincé entre la fin de l’Empire romain et l’avènement du Moyen Âge, sert de décor à ce nouvel opus, qui entremêle cette fois le destin de trois personnages aux prises avec les fléaux et les défis de leur temps. Edgar est un jeune charpentier, constructeur de bateaux. Dans un premier chapitre très violent, il voit sa vie basculer suite à une attaque de Vikings – pillards, voleurs, assassins – qui va le mener à rencontrer Alfred, un moine idéaliste, et surtout Ragna, princesse normande insoumise, qui a débarqué dans ce coin fictif d’Angleterre pour y faire un mariage de cœur qui vire au drame.

Héros résistants et brutes moyenâgeuses

Comme souvent chez Follett, c’est elle la véritable héroïne de toute l’affaire: une femme forte, décidée, intelligente autant que séduisante, qui tient farouchement à son indépendance. À ses côtés, Edgar est plutôt doux, voire soumis, mais sa vraie personnalité se révèle progressivement, lui qui ne peut tolérer l’injustice ni les codes en vigueur de la société brutale et violente dans laquelle il vit. Face à ces trois héros progressistes et résistants se trouvent de «vrais méchants», brutes moyenâgeuses assoiffées de pouvoir et de sang. Le chaos règne en effet dans tout le pays: bien que gouverné par son roi, l’Angleterre voit son pouvoir politique éparpillé entre les seigneurs locaux, qui profitent de l’analphabétisme et de la misère ambiante pour assouvir leurs caprices et semer la pagaille.

La recette de ce roman-fleuve n’est pas nouvelle, mais elle a fait ses preuves et on en redemande.

Certes, la recette de ce roman-fleuve n’est pas nouvelle, mais elle a fait ses preuves et on en redemande: suspense, amour, violence, héroïsme, trahisons, crédibilité historique, personnages parfois un rien prévisibles mais ô combien attachants – tout est réuni pour tenir le lecteur en haleine et le mener à lever le voile sur cette aventure palpitante dont les Vikings sont les «guest stars».

Follett convoque ici certains de ses thèmes de prédilection, déjà exploités par le passé (il a signé pas moins de 31 romans, depuis «L’arme à l’œil» en 1978), qu’il s’agisse du combat pour la liberté ou pour les droits des femmes. Avec en bonus de grandes scènes de construction – navale cette fois – jamais ennuyeuses, tout comme une exploration des mystères du baiser. Après 175 millions de livres vendus de par le monde, Ken Follett prouve une nouvelle fois – si c’était nécessaire – son immense talent de romancier.

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