"L'affaire Ruspoli", la princesse et le général

©Hollandse Hoogte / Sueddeutsche Zeitung Photo

Serge Quoidbach signe une enquête historique doublée d’un roman.

À Seneffe, certains savent encore aujourd’hui, mais sont prêts à tout pour enterrer la vérité. C’est sur ce secret qui dérange que Serge Quoidbach, rédacteur en chef adjoint de L’Echo, enquête dans son nouveau livre. Plus exactement sur le rôle tenu par la princesse Élisabeth Ruspoli auprès du général Alexander von Falkenhausen, gouverneur militaire allemand en Belgique occupée. "Je me suis intéressé à cette histoire à la fin des années nonante après avoir assisté à un spectacle d’un ami compositeur au petit théâtre du château de Seneffe", explique Serge Quoidbach. "Falkenhausen s’est souvent rendu à Seneffe. Ensuite, je me suis rendu compte qu’il y avait une femme dans cette histoire. Et j’ai construit quelque chose autour de ça…"

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En usant de son influence auprès de von Falkenhausen, qui était un antinazi notoire, la princesse Ruspoli aurait sauvé des gens de la déportation. "J’ai trouvé énormément de lettres de remerciement pour ses interventions. C’était extrêmement émouvant à lire", témoigne l’auteur. À son tour arrêtée par la Gestapo en 1943, officiellement pour trafic de devises et de denrées alimentaires, la princesse a été envoyée au camp de concentration de Ravensbrück.

L’ouvrage est, pour partie, écrit à la première personne. L’auteur se met dans la peau d’un journaliste à la petite semaine, sorte d’anti-héros qui mène une existence assez minable. Lors de son enquête, il va se rendre compte que l’histoire de la princesse est étroitement mêlée à celle de sa propre famille habitant le petit bourg de Seneffe. Ce croisement entre une fiction romancée et la réalité historique est le fil conducteur du livre qui aborde, de la sorte, la thématique douloureuse de la résistance, de la collaboration et de la mémoire de ces événements tragiques. Dans certaines familles en effet, certains tabous vieux de 75 ans n’ont toujours pas disparu. Dans le cas du petit journaliste, c’est une vengeance impitoyable qui va s’abattre sur lui.

"J’ai découvert que l’équipe de ce complot se réunissait à Seneffe".
Serge Quoidbach

Serge Quoidbach a pu consulter le dossier d’Élisabeth Ruspoli (comtesse Élisabeth Vander Noot d’Assche de son nom de jeune fille), conservé aux archives de la sécurité sociale, dans le même bâtiment que celui qui abrite les archives du CEGESOMA où est conservé le dossier de von Falkenhausen. L’auteur a aussi rencontré les fils de la princesse, Édouard et Marescotti, ainsi que sa petite-fille Daphné. "Ils ont tout de suite accepté de me rencontrer. Ils se sont exprimés très facilement, ça les a presque amusés." Il a aussi rencontré des descendants de résistants, dont Maurice Lippens, neveu de Mary Lippens qui partagea un moment la cellule de la princesse Ruspoli à Ravensbrück avant d’y mourir tragiquement.

L’ouvrage se veut-il une sorte de réhabilitation? "Pas vraiment, répond l’auteur, car la princesse n’a jamais été condamnée." Rentrée en Belgique à la fin de la guerre, elle a été inquiétée par la justice militaire qui ne trouvera finalement rien contre elle. Il lui faudra ensuite encore 13 ans de procédure pour obtenir le statut de prisonnier politique. Falkenhausen, lui, a fait l’objet d’un procès en Belgique juste après la guerre pour la déportation de juifs et l’exécution d’otages. Il est le seul membre du complot de 1944 contre Hitler à avoir survécu à la guerre. Et Serge Quoidbach de conclure: "J’ai découvert que l’équipe de ce complot se réunissait à Seneffe".

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