chronique

L'ambiance de Noël ne tient qu'à vous!

Journaliste

En reprenant la thèse d’une sortie récente en philo, Simon Brunfaut, journaliste et philosophe, en tire une réflexion qui éclaire l’actualité. Ambiance de Noël, cette semaine, avec Bruce Bégout...

Contrairement à ce qu’affirmait le groupe 2Unlimited dans sa chanson "No limit", les limites semblent aujourd’hui plus que jamais dessiner l’horizon de nos existences, qui s’est par conséquent considérablement rétréci. Ces limites ont pour effet de créer une ambiance que l’on qualifie tour à tour d’anxiogène, de morose ou tout simplement d’étrange.

Essai

"Le concept d’ambiance"

Bruce Bégout, Seuil,

408 p., 25 €.

Essai paru le 15 octobre 2020.

On reconnait une époque à ses mots: si dans les années 60 les mots "patchouli" et "rouflaquette" avaient leur petit succès, l’"ambiance" se trouve de nos jours incontestablement au sommet du hit-parade des usages. On parle de "grosse ambiance", de "mettre l’ambiance" ou d’un certain virus qui a "cassé l’ambiance".  L’ambiance est même un verbe ("ambiancer") et peut désigner une fonction bien spécifique (jadis utile dans les soirées entre amis): l’"ambianceur". 

C’est un fait: nous vivons toujours au sein d’ambiances variées. L’ambiance est partout, elle imprègne subtilement les lieux et les situations. Elle n’est ni une chose ni un sentiment: elle flotte tout autour de nous, mystérieuse et insaisissable. Comment retrouver "l’ambiance" durant ce Noël si particulier?

"Bruce Bégout décrit l’ambiance comme notre premier rapport au monde, une manière d’être d’emblée en immersion."

David Guetta plutôt qu'Arthur Schopenhauer

Car que serait Noël sans son "ambiance"? Les maisons illuminées avec plus ou moins de goût, la fine neige que l’on découvre au réveil et qui nous donne des élans poétiques, l’odeur des plats qui symbolise une prise de poids inévitable, le sapin qui trône au milieu du salon comme un totem, esprit d’une nature lointaine. Il est vrai que lorsqu’on parle d’ambiance, on fait rarement appel aux philosophes, sans doute parce que leur connaissance en matière de DJ-ing comporte incontestablement des lacunes.

Pour mettre l’ambiance, on va plutôt convoquer David Guetta qu’Arthur Schopenhauer, qui écrivait: "Aujourd’hui est mauvais, et chaque jour sera plus mauvais, jusqu’à ce que le pire arrive." Pourtant, dans son dernier livre, le philosophe Bruce Bégout explore cette dimension fondamentale de notre existence. Il décrit l’ambiance comme notre premier rapport au monde, une manière d’être d’emblée en immersion. Mais nous ne devons pas nous contenter de subir, de façon passive, une ambiance, car celle-ci est toujours source de potentialités: il est possible de la modifier ou d’en créer une autre, par exemple.

Cette crise nous aura au moins appris à bien distinguer ce qui dépend de nous et ce qui ne dépend pas de nous, comme le pensait le stoïcien Épictète. Même si ce Noël sera différent à bien des égards, il n’appartient qu’à nous de nous transformer en James Brown, le temps d’une soirée.

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