L’enfance au cordeau de Zoé Derleyn

©AFP

Dans "Debout dans l'eau", son premier roman, la Belge Zoé Derleyn interroge avec brio l’enfance, le deuil, la filiation.

Finaliste du Prix Rossel en 2017 pour son recueil de nouvelles «Le goût de la limace» (éditions Quadrature), Zoé Derleyn n’a rien perdu de son écriture à la fois contemplative et incisive. Paru dans la collection «La brune» au Rouergue, son premier roman est un délice pour qui aime se (re)plonger dans les sensations de l’enfance, ses interminables étés, sa douceur et sa cruauté.

Dans un coin de campagne du Brabant flamand où rien, jamais, ne se passe, la primo-romancière campe le quotidien d’une enfant de onze ans coincée entre ses grands-parents et le jeune jardinier au torse glabre qui vient s’occuper du potager, aiguisant ses sens en silence. Tandis que, dans sa chambre, le grand-père autoritaire n’en finit pas de mourir à petit feu, l’adolescente explore chaque recoin du domaine familial et se souvient de ce patriarche autrefois redouté, qui n’est plus désormais qu’un vieillard au visage émacié.

La force de ce texte est sans aucun doute l’acuité avec laquelle Zoé Derleyn donne forme à l’indicible et raconte pas à pas, image par image, le goutte-à-goutte des derniers jours d’une enfance qu’il faudra bientôt quitter, par la confrontation au désir et à la mort, brutaux l’un comme l’autre. «Je suis allongée sur mon lit. J’appuie avec mon index sur la croûte, la douleur emplit ma jambe jusqu’à l’aine, elle me coupe le souffle, je me mords le poing, puis elle reflue peu à peu, continue à battre sourdement sous la peau, au rythme de mon cœur.»

La force de ce texte est sans aucun doute l’acuité avec laquelle Zoé Derleyn donne forme à l’indicible et raconte pas à pas, image par image, le goutte-à-goutte des derniers jours d’une enfance qu’il faudra bientôt quitter.

Aucune pitié dans ce regard-là, d’une gamine qui dévore la bible de sa grand-mère en cachette pour y trouver les mots de consolation et de tendresse qu’on ne lui dit pas. Dans ce temps indéterminé, passé parmi les poules et les chiens, d’une campagne qu’on croirait figée à jamais, Zoé Derleyn trouve les mots justes, comme des couteaux, pour saisir le présent et le saigner comme un poulet. Époustouflant de justesse et d’un lyrisme sec, sans fioritures.

Premier roman

«Debout dans l'eau»
Zoé Derleyn

Le Rouergue, «La brune», 144p., 16 euros.

Note de L'Echo: 5/5

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