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L'irrésistible polar social de Mikael Niemi

L'auteur Mikael Niemi.

Érudition et intrigue policière s’entremêlent joyeusement à une peinture sociale du Grand Nord dans "Comment cuire un ours" du poète, dramaturge et romancier Mikael Niemi.

Pas à pas, dans les forêts du Grand Nord suédois, le lecteur avance prudemment dans les mousses et les forêts sur les pas du pasteur-botaniste Lars Levi Laetadius. Un véritable évangéliste qui veilla sur quelques âmes en pays lapon dans les années 1850. Lui-même natif de Pajala, à cheval sur la Suède et la Finlande, Mikael Niemi ressuscite l'homme de foi pour aussitôt le mettre sur la piste d'un ours... amateur de jolies filles. Un ours qui, constate Laetadius, fin observateur, laisse des traces de bottes cirées sur ses victimes.

Poète, dramaturge et romancier Mikael Niemi (1959) manie l'art du récit total avec une fantaisie, une émotion et un gai savoir à l'ancienne. Herboristerie, géologie, ethnologie, zoologie et psychologie humaine – domaines chers au prêtre curieux – sont mis au service de la quête de vérité. «Qu'est-ce ce que vous foutez-là?», lui dit régulièrement le commissaire, plus porté sur la boisson que sur l'intangible et la finesse des détails. Au contraire de l'auteur, qui nous plonge dans un tableau vivant de la campagne scandinave de jadis avec, en perspective, un zeste de perversion à la manière de «Meurtre dans un jardin anglais» de Peter Greeneway.

Poète, dramaturge et romancier Mikael Niemi (1959) manie l'art du récit total avec une fantaisie, une émotion et un gai savoir à l'ancienne.

Rigoriste, ce pasteur au grand cœur a crée un courant religieux qui existe toujours, qui tolère toujours mal la musique et la danse qui enflamment les corps, ainsi que l'alcool, qui causait, il est vrai, de plus grands dégâts. Interdiction qui déplaisait fort aux taverniers et négociants peu portés sur l'eau, fût-elle bénite.

L'enquête se déroule donc dans une atmosphère tendue entre vertueux, faux dévots et vrais hypocrites. Secondé par Jussi, un jeune sami (lapon) recueilli affamé et analphabète, le pasteur tente de confondre en 500 pages qu'on avale goulûment comme des harengs de la Mer de Norvège, cet ours mal léché, qui lui semble fort peu plantigrade.

Paysage de Laponie. ©Sofie Vanlommel

Narré tantôt par Lastadius, tantôt par Jussi, qui s'essaie-là au premier récit de sa communauté de tradition orale, ce roman faussement historique est couvert de ciels étoilés, d'orchidées sauvages, de bagarres musclées et d'amours contrariés. À commencer par celui que porte le pauvre, l'insignifiant Jussi, à une ravissante vachère qui l'ignore et le raille. Tapis dans un coin du cadre, le jeune homme croque la vie du village avec la précision des encyclopédistes du dix-huitième quand son cœur ne s'égare pas du côté de l'étable où disparaît le cher tablier de l'aimée. «C'est le pasteur qui m'a appris à voir. C'est grâce à lui si je sais qu'un regard transforme ce qui nous entoure».

Délicieusement espiègle, enlevée autant qu'érudite, cette excursion au pays lapon de toutes les tentations surprendra jusqu'au prêtre, qui, entre deux sermons, se prend à rêver à écrire dans un genre plus romanesque – «c'est une idée qui m’a effleuré. Écrire un livre où l'on verrait le Mal vaincu». Ce que la providence ne permis pas.  Mikael Niemi l'accorde. Qu'il en soit loué.

Roman

«Comment cuire un ours»
Mikael Niemi

Traduit du suédois par  Françoise et Marina Heide, Stock (La cosmopolite), 515 p., 23,90 euros

Note de L'Echo: 5/5

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