L'odyssée de Pénélope

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Judith Vanistendael aime les non-dits, les regards et les sentiments. Elle les met magnifiquement en image, par petites touches et petits moments.

Une femme doit-elle forcément devenir mère? Une fille a-t-elle besoin de sa mère? Quel est le rôle de chacun dans une famille, dès lors qu’il y en a une? Ce sont quelques-unes des questions que (se) pose Judith Vanistendael dans "Les deux vies de Pénélope", qui paraît au Lombard à la rentrée. "La question de la maternité est avant tout un choix qui peut aller à l’encontre de sa biologie naturelle. Dans le cas de Pénélope, la rationalité l’emporte sur la nature et surtout sur les attentes de la société. C’est une lutte très difficile…"

"Les deux vies de Pénélope"
  • Note: 5/5 
  • Judith Vanistendael
  • Le Lombard
  • 155 p.
  • 19,99 euros

Pénélope est chirurgienne pour une ONG, elle opère plusieurs mois par an sur le front, en Syrie ou ailleurs, là où les gens ont besoin d’elle. Mais épisodiquement elle doit revenir chez elle, pour se ressourcer, pour réapprendre la vie en société et en famille. En soignant l’art de la médecine loin de chez elle, Pénélope mène la guerre à la guerre. Et chez elle, son mari l’attend, tissant les vers en poète, sa fille Hélène grandit, découvre la vie et son corps qui se transforme. Mais sans sa mère pour s’en inquiéter. Judith Vanistendael retourne "L’Odyssée" pour tisser son récit. "Lorsque je l’ai lu, j’ai été choquée de la position de la femme dans cette histoire. Dans la foulée de mon précédent roman graphique je voulais raconter l’histoire d’une femme qui quitte son enfant. Les deux thématiques se sont rencontrées."

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C’est donc l’odyssée de Pénélope que raconte Vanistendael: son errance pour se trouver en tant que femme, en tant que médecin de guerre et en tant qu’épouse et mère. "C’est un choix qu’elle fait de repartir au combat, alors que la pression sociale est très forte, notamment de la part de sa propre mère", explique encore Judith Vanistendael. L’auteure se base d’ailleurs sur ses propres interrogations. "Je suis partie quelques mois, seule sur le chemin de Saint-Jacques. Je me suis clairement posé la question de savoir si j’allais rentrer retrouver mes enfants. Si je l’ai fait, ce n’est pas par nécessité naturelle. Mais parce qu’ils me manquaient."

Vanistendael travaille énormément sur les silences, les non-dits, même si curieusement son roman graphique est relativement bavard. Mais il y a encore ce que les personnages ne disent pas.

Il y a dans tout le récit un ensemble de sentiments diffus, qui se retrouvent dans la manière dont l’auteure traite son graphisme. La couleur directe s’épanche, les forment se mélangent ou se superposent, comme les sentiments dépassent le corps.

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