La Corse, l’insularité mentale de Claude Arnaud

"Le mal des ruines" de Claude Arnaud.

Dans ce passionnant road trip à travers les routes sinueuses de la Corse, Claude Arnaud retrace l’histoire de sa famille, revisite les morts et les vivants, et revient sur l’énigme d’un meurtre.

Claude Arnaud s’attache à l’exercice quasi-monacal d’écrire «avec son propre sang», selon la formule nietzschéenne en exergue de son nouvel opus. Il appelait le bureau où il s’enfermait pour écrire, de plain-pied sur la rue parisienne, sa «grotte».

Roman

«Le mal des ruines»
Claude Arnaud

Grasset, 125 p., 15 euros

Note de L'Echo: 5/5

D’emblée, avoue-t-il, «il m’arrive encore de me demander qui je suis», mais croit savoir d’où il vient. Cet ailleurs, la Corse de sa mère, Marie-Paule Benedetta, c’est le «fantôme» de son origine, cousin de ce halo qui entourait les silhouettes sur l’écran d’une télévision à l’antenne secouée par le vent. Sa Corse nourrit son «insularité mentale», et pourtant, il maintient avec elle une tension de la non-appartenance, un amour jaloux de son indépendance qui lui interdit toute «amorce de génuflexion» devant cette île matrice qui, en maîtresse, a «tendance à plier chacun à sa façon de voir».

Sa famille doit son nom à une ruine, le Zuccarello, où il entame son pèlerinage. Depuis ce modeste «olympe», il contemple une vue multiple où affleurent les sources mémorielles: un prêtre occis car il eut le front d’entamer la messe sans attendre ses aïeux et l’invasion de fourmis rouges précipitée par le mauvais œil qu’aurait jeté l’ecclésiastique; l’initiale «z» inscrite dans le fer forgé qui lui évoque la zucca — la gourde, le fêlé ou le fada méridional — et le signe de l’Olrik de Septimus, à l’opposé du «A», initiale nordique et paternelle des Arnaud.

"Ce pays étranger qu’est la mort, je l’aborderai dans cette île familière, l’un des derniers lieux d’Europe à la célébrer comme l’autre versant de la vie."
Claude Arnaud
Auteur

L’essayiste en lui (auteur d’une biographie alerte et insolente de Chamfort, d’une somme consacrée à Cocteau, de «Qui dit je en nous», couronné par un prix Femina) tient toujours la main leste du conteur. Il a le don de ces phrases qui tombent à la verticale: certaines ont la trajectoire de la pierre, d’autres le vol de la plume. Elles font surgir les pierres du gué de ses souvenirs avec un recul qui, sans refroidir le récit, lui prête un relief qui étoffe le torrent d’émotions du lecteur.

Il achève ainsi: «Je m’allonge pour épouser le vent, adhère à la terre comme les nuages au ciel, me libère du temps. […] Ce pays étranger qu’est la mort, je l’aborderai dans cette île familière, l’un des derniers lieux d’Europe à la célébrer comme l’autre versant de la vie».

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