La Foire du livre s'ouvre au monde, au Maroc et à la Flandre

L'essayiste et musicologue italien Alessandro Baricco est mis à l'honneur cette année. ©Patrick Post

La vie commence à 50 ans pour la Foire du livre de Bruxelles, résolue à ouvrir ses horizons, qu'ils soient lointains ou... tout proches. Revue de détail d'un événement qui se tient jusqu'à dimanche à Tour&Taxis.

Tout a commencé ce dimanche par la 3e grande chasse aux livres: plus de 1.300 "pocket books", dissimulés par 35 cacheurs chevronnés, ont été retrouvés dans Bruxelles… Après l’annonce de l’annulation du Salon du livre de Paris, prévu du 20 au 23 mars (pour cause de propagation du coronavirus en France), la 50e édition de la Foire du livre de Bruxelles a quant à elle bel et bien ouvert ses portes ce mercredi soir, sur le site de Tour & Taxis.

"C’est l’occasion de resserrer nos liens, de nous unir, et de parcourir ces œuvres qui parlent d’un Maroc libre et en constante évolution"
Grégory Laurent
Commissaire de la Foire du livre

Jusqu’à dimanche, cette édition anniversaire sera placée sous le thème du "livre ensemble" avec comme invité d’honneur le Maroc – choix hautement symbolique en regard de l’histoire belgo-marocaine qui s’est tissée tout au long du XXe siècle. "Comme nous l’avons fait avec la Flandre en 2019, c’est l’occasion de resserrer nos liens, de nous unir, et de parcourir ces œuvres qui parlent d’un Maroc libre et en constante évolution", déclare Gregory Laurent, commissaire général de la Foire du livre, qui signe cette année sa 5e et dernière édition avant de céder la place à Marie Noble.

"Réinventer les codes"

Un au revoir qu’il a placé sous le signe du renouveau: "J’ai l’intime conviction que les foires et les salons seront amenés à muer et à se réinventer dans les prochaines années, tout comme les librairies, les bibliothèques, les écoles et les universités. A Bruxelles, nous avons simplement débuté le travail. Mais il faudra encore réinventer certains codes et avoir l’audace de les changer. Il faut faire cela avec engagement et conviction, et toujours dans l’idée de défendre la liberté d’expression. Nous devons nous mobiliser autour des artistes qui osent libérer les paroles, luttant contre toute forme de rejet, de soumission ou d’oppression", poursuit Grégory Laurent. 

Cette cinquantième édition va s'articuler autour de trois temps forts.

70.000
visiteurs
La Foire du livre attend 70.000 visiteurs dont 8.000 scolaires et de 1.500 à 2.000 enseignants.

Figure incontournable de cette édition 2020: l’auteur, essayiste et musicologue italien Alessandro Baricco, né à Turin en 1958, prix Médicis étranger pour "Châteaux de la colère", dont les romans "Soie" et "Novecento: pianiste" l’ont propulsé vers un succès mondial. Ce vendredi soir, à 20h, sur la scène du Palais des Beaux-Arts, il présentera une lecture théâtrale de son dernier livre, "The Game" (Gallimard). Dans ce texte singulier, l'auteur italien montre comment la révolution numérique a définitivement changé notre façon de penser et notre mode de vie, de telle sorte que nous pouvons la comparer à d’autres grands tournants de l’histoire, comme le siècle des Lumières ou la Renaissance. Mais cette révolution numérique ne risque-t-elle pas de nous faire perdre notre humanité? Baricco part à la recherche de réponses non pas anxiogènes mais pleines d’espoir en l’avenir.

Autrice bruxelloise de polars, Barbara Abel a vu son thriller à succès, "Derrière la haine" (Fleuve Noir, 2004), adapté l’an dernier au cinéma par Olivier Masset-Depasse qui, sous le titre "Duelles", a remporté plusieurs prix aux derniers Magritte du Cinéma. En librairie depuis ce 5 mars, son nouveau thriller ("Et les vivants autour", Belfond) ausculte à la perfection la psychologie et les émotions des personnages qui gravitent autour de Jeanne, jeune femme de 29 ans plongée dans le coma. Elle sera dimanche à midi à la "Grand-place du livre", avec Armel Job.

En 2019, la Flandre était l’invitée d’honneur de la 49e Foire du Livre. Sous l’appellation "Flirt flamand", Literatuur Vlaanderen a réalisé avec succès une importante promotion de la littérature néerlandophone de Belgique, pour un budget total de 360.000 euros – sur les 400.000 alloués par le cabinet du ministre Sven Gatz. La moitié de ces fonds provenait du département bruxellois, l'autre moitié du département de la politique culturelle internationale, qui relève directement du ministre Gatz.

Une présence flamande attendue si longtemps

Une enquête réalisée par la Foire montre que pas moins de quatre fois plus de visiteurs venaient de la province d'Anvers (5% de tous les visiteurs flamands en 2018 contre 19% en 2019).

Stand le plus photographié de toute la foire, cette première édition fut un succès, et Literatuur Vlaanderen s’est trouvé submergé par les nombreuses réactions enthousiastes des médias et du public. Pour la première fois, les Bruxellois néerlandophones et les lecteurs flamands ont trouvé leur chemin vers la Foire du Livre: une enquête réalisée par la Foire montre que pas moins de quatre fois plus de visiteurs venaient de la province d'Anvers (5% de tous les visiteurs flamands en 2018 contre 19% en 2019).

Aussi bien les visiteurs francophones que les néerlandophones ont rapporté en grand nombre à quel point ils étaient satisfaits de cette présence flamande attendue depuis longtemps. En tout, 37 événements ont eu lieu sur le stand flamand pendant les 4 jours de la Foire, avec plus de 60 auteurs, illustrateurs, auteurs de bandes dessinées et traducteurs flamands présents. Le stand a également accueilli 250 élèves âgés de 6 à 15 ans.

Fort de cette première expérience, Literatuur Vlaanderen lance une seconde édition du Flirt flamand, moins ambitieuse puisque concentrée le samedi. Cette fois encore, le programme proposé sera ouvert toute la journée à un public bilingue, avec deux interprètes constamment présents sur le stand.

Foire du Livre de Bruxelles, du 5 au 8 mars, Tour & Taxis, entrée gratuite, programme complet sur www.flb.be

 

 

La Foire en chiffres, c'est...
  • 70.000 visiteurs, dont 8.000 scolaires et une estimation de 1.500 à 2.000 enseignants.
  • 1.600 professionnels accrédités, dont 300 présents aux Assises européennes du livre et 150 éditeurs et éditrices pour le marché des droits.
  • Une proportion 50/50 d’acteurs belges et internationaux: une tendance qui se confirme depuis plusieurs années.
  • D’importantes retombées économiques: d'après les enquêtes réalisées par la FLB auprès des exposants et des visiteurs, on estime entre 1,5 et 3 millions d'euros de chiffres d'affaires, selon l'année, le nombre d'exposants, le nombre de visiteurs.
  • Un coût important pour les éditeurs mais, grâce à la gratuité et depuis l'instauration de chèque-livre par la Fédération Wallonie-Bruxelles, l'opération devient de plus en plus rentable, selon Gregory Laurent: "C'est le but de notre organisation, qu'il y ait un retour sur investissement. Nous avons diminué le prix de location en 2018, maintenu les prix d'année en année et évité les augmentations dans les commandes des fournisseurs – raccordement électrique, tapis, mobilier, etc.".

 

Le Maroc se livre
Le choix du Maroc comme invité d’honneur de la Foire du livre est l’occasion de fêter la très large communauté de Belgo-Marocains qui a contribué à construire nos régions et notre culture, ont affirmé les organisateurs. Plus de 9% de la population bruxelloise est issue de la communauté marocaine: l’équipe de la Foire souhaitait depuis longtemps rendre hommage à cette littérature dynamique, profondément ancrée sur le territoire belge et bruxellois.

Tout au long de cette édition, le pavillon marocain brassera une trentaine d’auteurs et d’autrices confirmé.e.s, ainsi que de jeunes talents à découvrir. Parmi les invités, citons Rachid Benzine (dont le premier roman, "Ainsi parlait ma mère", vient de paraître au Seuil), Samira El Ayachi (très remarquée pour "Les femmes sont occupées", paru en 2019 aux éditions de l’Aube), Fouad LarouiRachida Lamrabet ou encore Yassin Adnan. Et en tête d’affiche, Gregory Laurent et son équipe ont convié Leïla Slimani, dont le 3e roman vient de paraître cette semaine aux éditions Gallimard.

Propulsée au premier rang de la scène littéraire avec "Chanson douce", Prix Goncourt 2016 – après un premier roman déjà remarqué, "Dans le jardin de l’ogre" –, l’autrice franco-marocaine, née au Maroc en 1981, vient d’entamer une trilogie intitulée "Le pays des autres", chez Gallimard comme les précédents. À travers l’histoire de sa grand-mère, elle revisite celle de sa terre natale en une grande fresque qui fait revivre le Maroc des années 1940 et 1950.

Samedi à 16h, Théâtre des Mots: "La guerre au féminin", avec Leïla Slimani et Samar Yazbek; dimanche à 13h, Pavillon marocain: "Conversation intime" avec Leïla Slimani; dimanche à 15h, Théâtre des Mots: "Une enfance au Maroc", avec Leïla Slimani et Laurent Raphaël (Le Vif). Programme complet du pavillon marocain: https://flb.be/pavillon-international/

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