La grande solitude du partouzeur

Le dernier Tripp, sans tabous. ©doc

Jean-Louis Tripp poursuit l’exploration de sa vie sexuelle. Parvenu à l’âge adulte, il cherche à retrouver la joie de l’acte à plusieurs. Mais se heurte aux barrières sociales et morales.

Il faut oser! Oser faire étalage de sa vie sexuelle, de la manière la plus crue et la plus descriptive possible encore bien. À l’heure de #MeToo, il faut oser affirmer haut et fort que l’on aime le sexe et le sexe à plusieurs! Joyeux, enthousiaste, libre et - bien évidemment - toujours consenti! Mais c’est peut-être justement pour cela qu’il ose, Jean-Louis Tripp, raconter par le menu les tribulations de son Popol et de l’homme qui va autour. Parce que son approche est positive, souvent drôle et surtout respectueuse de lui-même autant que de ses partenaires.

Ce deuxième volet se lit avec la même facilité que le premier, porté par un graphisme sans cesse à la limite entre réalisme et caricature.

"Je ne me sens absolument pas concerné par les revendications et les récriminations que l’on peut faire à certains. Je pense qu’aujourd’hui, les mecs doivent faire leur part de boulot et reconnaître qu’ils n’ont pas tous et toujours eu la bonne attitude. C’est l’enseignement positif du mouvement #MeToo et du néo-féminisme qui en découle", affirme-t-il. Et d’attirer l’attention sur le fait que toutes les luttes pour l’émancipation passent par une réappropriation du corps. "Ce fut vrai pour les révolutions sociales, dans lesquelles l’esclave ou l’ouvrier veut disposer à nouveau de son corps qui n’est pas qu’un outil de travail. Mais ce l’est plus encore dans la recherche légitime de l’émancipation féminine: la pilule, l’avortement et maintenant le harcèlement."

Les Montagnes Russes,

NNNNn

Extases tome 2, Jean-Louis Tripp, Casterman, 368 p, 27,95 euros

Dans le premier tome d’"Extases", Tripp dévoilait sa découverte de "la chose", frénétique, encore bridée un temps par l’adolescence, puis relâchée en jeune adulte. On l’avait laissé en pleine découverte de la partouze, avec la "fraîcheur", l’avidité et l’émotion qui accompagnent cette première. Passé ce choc initial, restent les interrogations sur ce que l’auteur veut vivre, sur la manière de le vivre dans les contraintes sociales qui s’imposent à lui.

Politique et introspectif

"Autant le premier tome est effectivement très orienté sur la découverte du sexe sous toutes ses formes - graphiquement, il est d’ailleurs très axé sur le côté génital -, autant le second est plus introspectif. Et ce fut sans doute la période la plus difficile de mon existence", reconnait Tripp. L’auteur l’affirme, la sexualité ne se dissocie pas de la vie. Et dès lors qu’il est en recherche et en frustration sur le premier plan, le second ne peut aller bien. Paradoxalement, sa volonté d’expérimenter à nouveau le sexe à plusieurs le laisse dans une grande solitude, qui l’emmenera à la limite de vouloir en finir avec la vie.  

"Je tends un miroir à la société pour lui montrer à quel point elle se fixe des barrières et des tabous."
Jean-Louis Tripp

Ce deuxième tome des aventures sexuelles de Jean-Louis Tripp est aussi beaucoup plus politique que le premier, alors que le premier était plus léger. "Je tends un miroir à la société pour lui montrer à quel point elle se fixe des barrières et des tabous. Les réactions des lecteurs ne viennent pas de mon histoire mais de la leur. La morale, ce qui est bien ou pas bien, ce ne sont que des constructions artificielles. Boris Cyrulnik explique que la honte est sans doute la seule émotion qui nous est imposée par l’extérieur. Celle que l’on peut avoir autour de la sexualité est uniquement sociale alors que c’est la chose la plus naturelle et la plus diversifiée du monde."

Plus volumineux encore que le premier tome, ce deuxième volet se lit avec la même facilité, porté par un graphisme sans cesse à la limite entre réalisme et caricature. Avec quelques véritables morceaux de bravoure où les dessins courent sur plusieurs planches. 

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