La guerre des magazines

©FLUIDE GLACIAL

Depuis des mois que les deux titres s’invectivaient par éditos et petites colonnes interposées, il fallait bien qu’à un moment où l’autre les choses s’enveniment. On ne sait d’ailleurs plus très bien comment cela a commencé. Quelle mouche a piqué Yan Lindingre, le rédacteur en chef de Fluide glacial, quand il a traité Spirou de vieux bazar ringard alors que le magazine de Marcinelle fêtait ses 80 ans. Ou était-ce des éminences de Dupuis qui avaient laissé entendre à mots à peine couverts que la rédaction de Fluide n’était qu’une bande de vieux poivrots, dont même l’encre sentait la vinasse...

Allez, qu’on se rassure, tout cela n’était qu’un coup, une manière à contre-pied de marquer, au contraire, la proximité qui existe entre les deux titres, les deux derniers de la presse BD francophone. "Il y a finalement beaucoup plus d’affinités entre nous qu’on peut le penser", assurent conjointement Lindingre et Florence Mixhel, rédactrice en chef de Spirou. À commencer par quelques pointures qui ont travaillé successivement ou simultanément pour les deux titres. Avant Thierry Tinlot, "boss" de Spirou avant d’être celui de Fluide, Franquin, Delporte et même Gotlib ont joué les transfuges. Depuis ces glorieux illustres, les auteurs à signer des deux côtés sont plus nombreux, comme Arthur De Prins, Tebo, Bouzard ou Isa, entre autres.

"En fait, malgré l’image que l’on en a, les deux titres ne sont pas si éloignés et les lectorats se recoupent souvent. En tout cas, les auteurs nourrissent une admiration mutuelle. Edika et Goossens, piliers de Fluide sont des inconditionnels de Spirou!", avoue Lindingre.

Pour marquer le coup de cette "guerre" des titres, les équipes se sont échangées, de Paris à Marcinelle et inversement. Edika ou Goossens signent pour la première fois dans Spirou, Velhmann et Munuera font le chemin inverse, d’autres, comme Arthur De Prins, s’amusent aux "crossovers" de leurs différents personnages. Les pages spéciales se renvoient les unes aux autres, d’un magazine à l’autre en lecture circulaire.

Si l’humour est certainement le dénominateur commun aux deux titres, le ton est généralement différent, souvent plus trash chez Fluide, familial dans Spirou. "En fait, pour cet exercice, nos auteurs n’ont pas tellement dû se brider, témoigne Lindingre. Cela s’est fait assez naturellement." "On a pu constater que si les deux titres bénéficient d’une notoriété très forte, beaucoup d’anciens lecteurs restent sur une image parfois dépassée: Fluide complètement trash et pipi-caca, et un Spirou très bien pensant. Les choses ont évolué, et les lignes bougent", renchérit Mixhel.

Faire bouger les lignes, c’est sans doute un autre point commun aux deux titres, chacun à sa manière. "On ne s’interdit rien, si cela reste dans le respect de nos fondateurs. L’humour n’est pas nécessairement le vecteur du militantisme. On peut effectivement aller très loin dans le côté grinçant, si ce sont les personnages qui le disent. Si cela traduit une pensée extrême de l’auteur, cela ne passe plus!", avertit Lindingre.

Spirou vs Fluide glacial - Match d’impro BD, le 15 septembre à Bozar.

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