La pègre par les yeux d'une ingénue

©Glénat

Comment les migrants ont fait l'histoire américaine dans les années 20, et comment la pègre l'a fait tout autant. Les deux sujets se rencontrent sous le crayon d'Olivier Berlion.

"Le syndicat du Crime"

Note: 3/5
Agata
tome 1
Berlion, Glénat
76 p.
15,5 euros

Berlion aime les récits historiques, quelle que soit l’époque et les polars. S’intéresser à la pègre américaine de la fin des années 20, à la mafia qui tenait une grande partie de l’économie américaine à l’époque de la prohibition, tombe donc sous le sens pour lui. Mais dans le même temps, sans doute poussé par l’actualité, il voulait s’intéresser aux migrants et à la manière dont ils ont aussi fait l’histoire des Etats-Unis. Naturellement les deux sujets se rencontrent.

Agata est une jeune et jolie polonaise accueillie par son oncle d’Amérique lorsqu’elle a dû fuir la Pologne dans des circonstances dramatiques. Volontaire et courageuse, elle fait sa place dans la "Petite Varsovie" de Chicago. Dans le même temps, entre New York et Chicago se trament les luttes de pouvoirs et les règlements de comptes pour dominer la mafia. Et à ce jeu Charlie "Lucky" Luciano est le plus malin.

"Agata est un prétexte, c’est vrai, pour retracer ces grandes heures de la pègre américaine, reconnaît Berlion. Mais voir la manière dont cette femme fragile au départ acquiert progressivement son indépendance, c’est une manière d’aborder l’Histoire sans être obligé de s’en tenir aux faits."

©Glénat

Berlion pratique l’équilibrisme entre fiction et réalité. D’un côté, son travail est hyperdocumenté, sur la base des mémoires de Luciano essentiellement, mais aussi de l’abondante littérature sur le sujet, voire des discours de Roosevelt pour lancer son New Deal. De l’autre, la fiction pour compléter les dialogues entre les parrains de la mafia, pour reconstituer les épisodes mouvementés de la lutte pour le pouvoir entre Luciano et ses pairs, mais aussi pour donner vie à Agata et à son entourage.

"Tous ces écrits donnent déjà une bonne part de la personnalité de Luciano. Certains événements m’ont servi aussi. Il s’est notamment opposé à un entrepreneur polonais dont il a fait enlever le fils. Ou l’invasion de la Manchourie par les Japonais le jour de l’assassinat d’un rival de Luciano. Ce sont ce genre d’éléments qui permettent de croire à mon récit. Je colle à la réalité au plus près, mais sans chercher le réalisme ou la véracité absolue." Et c’est sans doute ce qui donne sa force au récit, véridique sans être réel.

"C’est ce que j’aime dans l’Histoire. Elle nous emmène dans des univers que l’on n’aurait pas nécessairement explorés, révèle parfois des faits que l’on n’aurait pas osé imaginer. Bien sûr, il y a des contraintes pour rester dans les clous, mais cela donne parfois de super idées", s’amuse-t-il.

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